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Attention aux suppléments

90%.

Neuf athlètes amateurs sur dix consommeraient des suppléments alimentaires.

Poudres de protéines, shakes de récupération, vitamines, BCAA, remèdes homéopathiques, probiotiques, brûleurs de gras, autres produits dont l’industrie vante les propriétés dynamisantes pour l’exercice physique: force, tolérance aux lactates, VO2 max, etc.

Ces produits ne sont pas sans danger.

On apprenait la semaine dernière qu’un coureur maitre de 47 ans en Irlande a été contrôlé positif à de nombreuses substances dopantes, et condamné à une suspension de quatre ans.

On a retrouvé dans ses échantillons les substances suivantes: « epioxandrolone, oxandrolone, 18-noroxandrolone, boldenone et boldenone metabolite(s) ».

God knows what this is all about!

Raison évoquée du dit-cycliste: consommation de plusieurs suppléments alimentaires, certains ayant été achetés aux États-Unis via Internet.

D’autres cas de contaminations croisées sont bien connus.

Ces cas malheureux nous rappelle que nous sommes responsables des produits qu’on peut retrouver dans notre corps.

En qu’en matière de suppléments alimentaires, l’extrême prudence est de mise si vous faites de la compétition.

La recommandation des autorités en la matière est simple: ne consommez rien.

De toute façon, pour la vaste majorité des produits dont on nous vante les mérites à grands coups de « testimonials » sur Internet, les effets ne sont pas prouvés scientifiquement. Toutes mes lectures sur le sujet pointent dans une même direction: si vous avez une alimentation équilibrée, pas besoin de suppléments. Ils présentent parfois des effets indésirables, parfois graves.

L’étude la plus sérieuse que j’ai trouvé est cette thèse de doctorat déposée en 2017 à l’Université de Lorraine.

Bref, ces suppléments, c’est le plus souvent du flan. Autrement dit… du vent.

Si vous tenez quand même à utiliser ces suppléments alimentaires, sachez qu’il existe quelques ressources vous permettant de limiter les risques de contamination avec des produits strictement interdits par le code mondial antidopage.

Je pense au label « Certified for Sport » de la NSF aux États-Unis. Les produits portant cette étiquette présentent des risques très réduits de contamination, sans le garantir de façon absolue. Bref, vous réduisez quand même le risque considérablement de vous faire piquer au contrôle.

Le Centre canadien d’éthique sur le sport présente aussi une page intéressante sur son site Internet à propos des suppléments.

En France, la Société française de nutrition du sport (SFNS) propose également une page listant les produits énergétiques ayant reçu la norme « AFNOR » qui garantit l’absence de produits interdits. Parmi ces produits, tous ceux que j’utilise depuis la fin des années 1990: Overstim’s. Serious stuff.

Je ne prends aucun risque dans ce domaine. J’y reviendrai.

Autre ressource très intéressante, le site de l’IRBMS, soit l’Institut de recherche du bien-être, de la médecine et du sport-santé. Vraiment un site avec de nombreuses informations crédibles, dans une grande variété de sujets. On y retrouve plusieurs pages dédiées aux suppléments, notamment celle-ci à propos de l’intérêt des BCAA (rapport final payant). Conclusion de l’étude:

Les recommandations de consommation proposées par les fabricants de supplément alimentaire BCAA sont très souvent excessives et ne respectent que rarement les apports nutritionnels conseillés, même pour les sportifs à haut niveau de performance. Ainsi, des produits « hors norme nutritionnelle » sont en vente libre!

IRBMS, dossier spécial BCAA, 2019

Ou cette page plus générale sur les compléments alimentaires. Selon l’IRBMS, 15% de ces compléments contiendraient des substances dopantes ou dangereuses pour la santé présente et future. De quoi faire réfléchir un peu!

Enfin, vous avez toujours le site GlobalDro pour vérifier si un médicament ou une substance est autorisée ou non selon le code mondial anti-dopage, mais ce site ne contient pas d’information reliée aux suppléments alimentaires.

Une alimentation équilibrée

Pour des conseils dans ce domaine lorsque vous êtes sportif intense, j’aime beaucoup le site diététiquesportive.com que je consulte depuis un bon moment déjà.

J’aime bien leurs fiches consacrées à certains aliments plus précis: spiruline, rhodiola, etc. On voudrait juste que le site soit plus fréquemment alimenté! (sans jeu de mots…)

Et la page des compléments alimentaires est particulièrement intéressante dans le contexte de cet article.

Le cannabis

Légal au Canada, il demeure sur la liste des produits « interdits » de l’Agence mondiale anti-dopage (AMA). Il convient donc de faire attention avec l’usage du cannabis, qui est considéré comme une substance « à seuil », c’est à dire qu’il ne faut pas dépasser une certaine concentration de cannabinoïdes, faute d’être positif.

Fait intéressant toutefois, le CBD (cannabidiol) ne fait plus partie des substances interdites par l’AMA. Soyez toutefois prudent dans sa consommation, les produits de CBD n’étant généralement pas exempts de THC, ce dernier étant toujours interdit au-delà d’un certain seuil.

Les produits pour les allergies saisonnières

C’est un eldorado du dopage chez les coureurs cyclistes maitres selon moi, l’usage de pompes type « Ventolin » étant très répandu. Rien de tel qu’un peloton cycliste pour y trouver une grosse concentration d’asthmatiques sur papier!

Il existe pourtant des solutions.

Souffrant d’allergies saisonnières en croissance chaque saison depuis dix ans (l’année 2020 ne fut pas de tout repos à ce sujet), j’en sais quelque chose.

Mon médecin et moi avons trouvé une solution propre: le Montelukast. Famille d’un nom à coucher dehors: un antagoniste des récepteurs des leucotriènes. Commercialisé par Merck (c’était prédestiné!) sous le nom de Singulair. Officiellement autorisé par la législation anti-dopage, sans autorisation à usage thérapeutique (AUT).

Je n’utilise donc pas de pompes, rien. Juste ce médoc autorisé, pour lequel je suis tranquille à 100%.

Mais je vous ai menti: pas à l’eau claire. En fait le reste, c’est du riesling…

Tour: les questions qui fâchent

Drôle d’époque.

L’ère post-Armstrong est bien spéciale: le public n’est plus dupe. Trop floué par l’Américain et son système US Postal qui carburait on sait aujourd’hui comment.

Son « I’m sorry you can’t dream big » lancé sur les Champs Élysées a laissé des traces.

Et depuis 24 mois, deux cyclismes à la fête, et notamment sur ce Tour de France: le cyclisme colombien et le cyclisme slovène.

À la lumière des faits récents, on peut raisonnablement se poser des questions sur ces deux cyclismes oui, je suis d’accord avec plusieurs lecteurs de ce site qui ont laissé des commentaires récents à ce sujet.

La génération colombienne n’est plus à présenter, ce pays ayant multiplié les champions cyclistes depuis quelques années. Comme par hasard, le cyclisme colombien et sud-américain a fait l’objet de nombreux scandales de dopage depuis quelques années. On s’entraine certes sur des hauts plateaux du côté de Bogota et Medellin, mais y’a probablement pas que.

Côté Slovénie, rappelons qu’outre Primoz Roglic et Tadej Pogacar, ce cyclisme présente aussi des coureurs comme Simon Spilak, Grega Bole et surtout Matej Mohoric, lui aussi ayant connu certains succès récents. Et avant eux, on pense évidemment à Janez Brajkovic, suspendu pour dopage depuis. Pas mal de très bons coureurs pour un pays d’à peine deux millions d’habitants!

Et là encore, méchant timing: plusieurs affaires de dopage, et notamment des slovènes impliqués dans la tristement célèbre et récente Affaire Anderlass. Au total, 8 des 19 coureurs slovènes en World Tour depuis 10 ans ont été touchés par une histoire de dopage, soit 42%.

Puis il y a des acteurs du milieu cycliste un peu louches comme Borut Bozic, encore l’an dernier directeur sportif chez Bahrain-Merida après une carrière de coureur pro.

On pense aussi à ce Milan Erzen, slovène lui aussi et patron de la Bahrain-Merida, impliqué lui aussi dans Anderlass. L’UCI avait à l’oeil les activités de cet individu depuis 2015 apparemment, pour plusieurs affaires. Erzen est souvent présenté comme le Dave Brailsford du cyclisme slovène, un homme qui a des ramifications partout. Low profile, on en sait peu sur lui, et notamment sur ses activités actuelles. Il serait aussi très impliqué dans le milieu des courses de chevaux et de chameaux, avec des relations étroites avec les pays du Golfe.

On ne peut pas aller plus loin, on ne peut pas établir de liens, mais le timing est de nouveau tristement suspect.

On se rabat sur le fait qu’un Egan Bernal ou un Tadej Pogacar n’ont jamais échoué de tests anti-dopage jusqu’ici.

Dans toute sa carrière, Lance Armstrong non plus.

Greg LeMond est le dernier vainqueur propre du Tour

J’en suis convaincu depuis longtemps: Greg LeMond est le dernier vainqueur propre du Tour de France (1990), sans l’ombre d’un doute.

Depuis, très peu de vainqueurs n’ont pas eu des démêlées avec des histoires de dopage. Carlos Sastre en est un, mais il était à la CSC de Bjarne Riis… tout comme Andy Schleck en 2010.

Le seul autre pourrait raisonnablement être Cadel Evans en 2011. Jamais été testé positif, jamais impliqué de près ou de loin dans une affaire de dopage. Et aucune performance « mutant » par rapport aux watts lors de son Tour victorieux. Mais il a gagné dans cette période récente de dopage sanguin sophistiqué.

Je parle de ça aujourd’hui sur LFR compte tenu des récents débats sur ce site, et compte tenu des récentes déclarations de Johan Bruyneel, qui m’ont dérangé.

Bruyneel a notamment déclaré que « tous les champions de l’histoire du cyclisme étaient les meilleurs de leur génération« .

FAUX. Archi-faux.

Parce que le dopage sanguin a tout changé. Il y a eu le cyclisme d’avant dopage sanguin, et il y a maintenant le cyclisme à l’ère du dopage sanguin.

Jusqu’en 1988-1989, le dopage « traditionnel » en cours dans le cyclisme depuis des décennies, avec certains produits à la mode selon l’époque (strychnine au tout début, cortisone dans les années 1970, etc.) ne permettait pas de transformer un cheval de traie en cheval de course. Ce dopage était efficace pour soutenir les cyclistes, pour leur donner un « boost », façon Bomba avec Coppi dans les années 1950.

Avec ce dopage là, les champions restaient les champions et les domestiques restaient les domestiques, oui.

Le dopage sanguin, apparu essentiellement dans le cyclisme en 1988 chez les Néerlandais puis chez les Italiens rapidement après, a tout changé. Les gains avec l’EPO, qui a vu le jour à cette époque pour traiter les insuffisantes rénales, étaient tels que cette nouvelle forme de dopage a transformé les domestiques en champions, aucun doute là-dessus. Et s’est répandue très rapidement.

Bjarne Riis vainqueur du Tour? La preuve par quatre.

Je soutiens que sans dopage sanguin sophistiqué, Lance Armstrong n’aurait jamais remporté le Tour de France. Des Classiques d’un jour peut-être, comme il l’a fait assez tôt dans sa carrière. Mais le Tour, jamais.

On a vu venir Greg LeMond de très loin. Comme Hinault. Guimard ne s’était pas trompé sur leur compte. Qui a vu venir Bjarne Riis? Carlos Sastre? Même Chris Froome?

En ce sens, Egan Bernal a ce petit côté rassurant: on l’a vu venir. Comme on a vu venir Mathieu Van Der Poel, ainsi que Remco Evenepoel. Bernal appartient cependant à cette génération de Colombiens hyper-performants, et dont bon nombre ont été convaincus de dopage ces derniers temps, le dernier en date étant Jarlinson Pantano.

Greg LeMond l’a toujours, toujours affirmé: il ne s’est jamais troué la peau. Jamais. Il n’a jamais fait l’objet d’un contrôle positif, ni de soupçons, pas même des coureurs de son époque. Et il a pris un sérieux coup en 1991, comme Andy Hampsten d’ailleurs, eux qui étaient loin du dopage sanguin qui se généralisait à l’époque. Le peloton avait subitement accéléré drastiquement. Pas eux.

Bruyneel déplore également l’hypocrisie du milieu, et on se doit d’être d’accord avec lui: ça ne fait aucun sens que Riis et lui soient ainsi écartés, et qu’un Vinokourov ou d’autres du même acabit continuent de diriger des équipes World Tour.

Mais Bruyneel dérape lorsqu’il implique des ex-coureurs comme Madiot, Bernaudeau ou Lavenu. Il y a une différence entre prendre une pilule dans les années 1980 en fin de course pour se soutenir, bien que je sois absolument contre cette pratique bien sûr, et l’organisation d’un dopage systématique et ultra-sophistiqué (motoman…) au sein d’une équipe pro, avec sanctions pour les coureurs ne voulant pas y adhérer et corruption au plus haut niveau, même de l’UCI!

Bien sûr, en définitive, on ne peut se fier que sur la seule parole des gens. Je ne crois pas les demi-vérités de Lance Armstrong. Je ne crois pas Bruyneel, Riis ou Vinokourov, encore moins Michele Ferrari. Mais je crois Greg LeMond. Il a toujours fait preuve de candeur et de sincérité. Et tous ses résultats ont toujours été logiques, linéaires et cohérents durant sa carrière, ainsi qu’à l’intérieur même d’une seule saison.

Je lui serrerais bien volontiers la main

À l’heure où les échantillons du Tour 2016 et 2017 vont être re-testés à la lumière des trouvailles de l’Affaire Aderlaas, à l’heure où Lance Armstrong professe encore une fois ad nauseam ses demi-vérités, à l’heure où certains des lecteurs de ce site n’ont toujours pas compris que si je parle encore, 16 ans après sa mort, de Marco Pantani c’est pour que l’on oublie jamais à quoi conduit les dérives du dopage et pourquoi il faut le combattre de toutes nos forces, à l’heure où on pleure la disparition tragique de notre collègue Gilbert Bessin, à l’heure où l’apparence, l’artificiel, l’instantané font foi de tout, ce video (me) fait tellement de bien.

So much in there. Le ton aussi.

Tyler Hamilton, je lui serrerais bien volontiers la main aujourd’hui.

Je n’ai jamais autant roulé sur mon vélo dans ma vie qu’au cours des deux derniers mois, en 35 ans de cyclisme.

Je roule pour moi, le plus souvent solo. Avec le seul objectif de me dépasser. À l’eau claire bien sûr.

Rouler à vélo, c’est une question d’équilibre dit-on. Le vélo pour moi, ce n’a jamais été autant une question d’équilibre. Mais les Alpes me manquent. Le Galibier me manque.

Je reproduis aujourd’hui le final du beau texte de David Desjardins diffusé récemment par Vélo Cartel:

« Il ne s’agit pas d’un geste égoïste. C’est, au contraire, le temps qu’il me faut pour rassembler mes forces et devenir un être humain meilleur, plus ouvert, plus apte à écouter les autres parce que je me sens alors heureux de mon sort, et non pas en train de m’imaginer comment le «moment présent» de demain sera plus satisfaisant que celui-ci.

C’est un geste de créativité, de recul face aux dates de tombée, aux demandes incessantes et à l’accélération du travail dans un monde qui ne semble jamais assez performant, comme si cette course pouvait nous faire oublier nos malheurs.

La solitude du cycliste au petit matin, le midi, en fin de journée, sa lumière rouge clignotant dans le lointain alors que le soleil se couche : voilà qui permet à la femme et à l’homme de se réfugier dans un mouvement salvateur, dans l’expression de son individualité, dans son désir de se retirer du bruit ambiant pour goûter au silence.

La solitude du rouleur, c’est le choix de s’appartenir entièrement pendant quelques heures. »

S’appartenir entièrement. Ca veut aussi dire de retrouver ce qui nous rend foncièrement heureux et ce qui donne un sens à notre vie.

Sentir la brise dans mes cheveux. Sentir la chaleur du soleil sur ma peau. Le voir se lever, se coucher. Sentir les cuisses et les poumons brûler après un effort violent. Tout donner, full gas, solo. Être fier de soi. Respecter les règles. Respecter les autres. Être libre. Être vivant.

Sur mon vélo, sur ce site, je suis à ma place, pour les bonnes raisons.

Lance Armstrong ne pourra jamais en dire autant.

Armstrong: « ma vérité », ou sa bullshit?

La chaine ESPN diffusera les 25 mai et 1er juin prochain deux parties d’une seule émission avec Lance Armstrong, qui affirme vouloir y témoigner de « sa vérité ».

Le preview est ici, et ci-bas suite à cet article.

Armstrong y affirmerait s’être dopé avant son cancer de 1997, soit dès 1992 au sein de l’équipe Motorola. On sait par ailleurs que son ex-coéquipier Stephen Swart avait effectivement déclaré qu’Armstrong se dopait dès 1992 au sein de la même équipe, soit un an avant de devenir champion du monde à Oslo.

Je suis de ceux qui pensent que ces deux émissions seront encore un ramassis de conneries et surtout, surtout de demi-vérités. Armstrong n’a jamais tout dit, et distille tranquillement l’information depuis quelques années, comme pour faire durer le plaisir et surtout, pour faire souffrir le plus longtemps possible ceux de son entourage qui ont toujours dit la vérité.

Comme Betsy Andreu, qui a toujours affirmé avoir entendu Armstrong donner la liste des produits dopants dont il usait à ses médecins, sur son lit d’hôpital alors qu’il venait de découvrir souffrir d’un cancer. Betsy Andreu savait qu’Armstrong se dopait depuis fort longtemps lors de son cancer en 1997, et elle a toujours dit la vérité à ce sujet, pour moi c’est évident.

Ceux qui ont déjà vu le film affirment y voir un Armstrong fidèle à lui-même, soit une chose dissociant ses actions de sa personne. Le propre des « bully » – j’en connais un paquet dans ma région – qui ne savent se valoriser qu’en descendant les autres, quitte à user de tous les moyens possibles tant légaux qu’illégaux, tant moraux qu’immoraux, pour parvenir à leurs fins.

Lance Armstrong, une personne qui s’est construite dans la haine et la brutalité. Je trouve personnellement qu’on y consacre trop d’attention, l’oubli et l’indifférence étant tout ce qu’il mérite aujourd’hui.

Personnellement, je ne regarderai pas. L’oubli et l’indifférence.

Prochaine question.

La lutte contre le dopage en temps de coronavirus…

Nouvelle contribution aujourd’hui de Marc Kluszczynski sur La Flamme Rouge, qui nous parle de la lutte contre le dopage en ces temps de coronavirus, y compris au Canada.

Il n’est pas le seul à se poser des questions, parmi eux des coureurs pro comme Romain Bardet.

Si la pandémie de printemps a eu pour effet de stopper toutes les compétitions (Science & Vie – SV  N°180), il n’en a sûrement pas été de même pour le dopage, d’autant plus que la plupart des agences antidopage annonçaient une réduction de leur activité.

L’AFLD reconnaissait récemment « rouler au pas » en raison du confinement strict imposé à la population. Mobilisés sur le front du Covid-19 à l’hôpital et en ville, on avait compris que les préleveurs de l’AFLD avaient une marge très réduite, en raison d’un stock de masques proche de zéro, des mesures de distanciation sociale et des réductions des déplacements. Certaines agences, comme l’AFLD, choisissaient alors la méthode Coué (méthode d’auto-persuasion inventée par le pharmacien Coué au XIXème siècle) pour garder bonne figure. Se mettant à la place des éventuels tricheurs, elle avait fini par penser « A quoi bon se doper quand on n’a plus de compétition à préparer ?».

Avec le report des JO de Tokyo 2020 à juillet 2021, World Athletics ne prendra pas en compte les performances qualificatives réalisées avant décembre ; le but est de décourager la dope, mais durant ces huit mois, comment les athlètes vont-ils se préparer ? La directrice de l’UKADA, Nicole Sapstead, reconnaissait aussi que les contrôles antidopage étaient fortement réduits en Angleterre et mettait en garde ceux qui seraient tentés. L’UKADA ne tarderait pas à les confondre grâce à la dénonciation (ou contrôle intelligent) d’usage admis en Angleterre, l’obligation de localisation ou encore le passeport sanguin. C’était la même chose en Allemagne, aux USA et au Kenya. L’AIU admettait aussi avoir stoppé ses contrôles inopinés dans plus de 100 pays. En Russie et au Canada, l’antidopage était également au point mort. Pour la Russie, et le Kenya, ces annonces sonnent comme une catastrophe et une aubaine pour les entraîneurs et agents de coureurs n’ayant jamais pu couper avec le dopage.

Comme les mises en garde de toute sorte n’ont jamais été efficaces en prévention (les « experts médiatiques » le savent-ils ?), on pouvait donc sans trop se tromper supposer que certains sportifs véreux allaient profiter de cette période pour se refaire (ou se faire) la cerise avec l’arsenal habituel (EPO, stéroïdes ou hGH) comme on l’écrivait dans SV N°180. On pouvait alors lire sur Internet la litanie des mises en garde des grands spécialistes de l’antidopage : médecins, entraîneurs et l’AMA.

Dans son blog du 14 mars, le Dr. Jean-Pierre de Mondenart (JPdM) avertissait sur les dangers de l’utilisation des AINS et de la cortisone pendant la pandémie car ils aggraveraient les symptômes de l’infection au coronavirus. D’après JPdM, ces substances sont massivement utilisées en milieu sportif, et il est donc important pour lui de relayer l’information. Jean-Claude Vollmer, de la cellule marathon à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA), pense qu’il serait stupide de se doper pendant le confinement car « quand on ne sait pas pourquoi on se dope, cela ne sert à rien, se doper pour 2H de home-trainer ou 1 H de footing ne sert à rien ». Vollmer élimine la question avec légèreté.

Witold Banka, nouveau président insipide de l’AMA à la solde (au sens propre!) du CIO, réplique à ceux qui s’inquiètent de la réduction ou de l’absence des contrôles, que l’agence dispose d’autres armes (localisation, filage de l’athlète, analyse des résultats à la reprise). Reste à savoir si le paysage sportif des compétitions va être chamboulé ou pas à la reprise. Pierre Sallet, le chantre antidopage de Spé 15, écrit que le dopage s’organise par rapport à la compétition et que l’usage de dopants est donc inutile pendant le confinement.

Avec les mises en garde des spécialistes sur le danger d’un dopage pendant le confinement et l’auto-persuasion des responsables, il n’y aurait donc plus de dopage pendant la pandémie. Christophe Bassons, qui vient de quitter professionnellement le domaine de la lutte antidopage, est le seul à imaginer un dopage possible avec les stéroïdes, et avec l’EPO. À juste raison ! On suppose une action à long terme pour les anabolisants et, faut-il le rappeler, la durée de vie d’un globule rouge est de 120 jours. Avec la levée progessive du confinement en France dès le 11 mai, et le TdF au départ programmé le 29 août (Giro en octobre et Vuelta en novembre ?), on peut d’ores et déjà clamer bien fort que le confinement aura vaincu le dopage…

L’hémoglobine du ver marin utilisée dans le traitement du COVID-19

Je diffuse encore aujourd’hui un autre article éclairant de Marc Kluszczynski qui fait un lien entre dopage ultra-moderne dans le cyclisme et Covid-19.

C’est lors des mondiaux de ski nordique de Seefeld (Autriche) en février 2019 que l’on apprit l’existence d’une hémoglobine soluble d’un animal marin.

Les enquêteurs autrichiens avaient découvert cette nouvelle hémoglobine du ver marin Arenicola Marina lors d’une perquisition au domicile du Dr. Mark Schmidt, personnage central de l’affaire Aderlass.

Le petit ver des plages de Bretagne avait donc ridiculisé les plus grands groupes pharmaceutiques à la recherche depuis des décennies d’un transporteur d’oxygène bien supporté par l’organisme humain. Son découvreur, le biologiste Frank Zal, s’était posé la question de savoir comment le ver pouvait survivre entre deux marées sur les plages de Morlaix, où est basée son entreprise, HEMARINA. C’était grâce à son hémoglobine soluble, c’est-à-dire non incorporée dans un globule rouge comme chez l’homme. Zal est à l’origine de la plus grande innovation pharmaceutique de ces cinquante dernières années, après la synthèse de l’EPO. Malgré les brevets déposés, on sait que d’autres hémoglobines solubles existent sur le marché, les géants de l’industrie pharmaceutique ayant vraisemblablement profité des travaux de Zal.

La question de son utilisation dans le cyclisme ou en marathon ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle pourrait expliquer des « miracles ». Le début de saison 2020 pré Covid-19 d’un certain cycliste et sa résurrection en pose une autre. Un test de détection existe uniquement pour l’hémoglobine d’HEMARINA. Mais cette méthode classique basée sur l’électrophorèse ne peut la détecter que quelques heures. Et autre mauvaise nouvelle, cette hémoglobine a une durée de vie très courte (2 jours et demi), et disparaît totalement en 5 jours. Des microdoses ne seraient détectables qu’entre 4 et 24 H.

Rappelons les propriétés de cette hémoglobine, aussi impressionnantes que celle de l’EPO : elle transporte 40 fois plus d’oxygène que l’hémoglobine humaine (156 atomes contre 4), elle est 250 fois plus petite qu’un globule rouge. Soluble, elle est directement dissoute dans le plasma. Elle agit donc comme un super perfluorocarbone (PFC) avec les dangers en moins : Mauro Gianetti, qui avait utilisé un PFC au Tour de Romandie 1998, avait passé quelques jours en réanimation à l’hôpital de Lausanne. L’Oxyglobin (hémoglobine de bœuf utilisée par Michael Rasmussen et Jesus Manzano sur le Tour de France 2003) provoquait des vasoconstrictions avec risque d’infarctus du myocarde. L’hémoglobine du ver marin est rigoureusement atoxique, non immunogène, facile à conserver et à administrer. C’est le Graal du dopage sanguin, capable de leurrer le passeport sanguin qui s’avère encore une fois la ligne Maginot de l’antidopage.

La 1ère application thérapeutique de cette hémoglobine commercialisée sous le nom d’HEMO2Life ou M 101 a été le traitement du greffon (organe qui va être transplanté). L’hémoglobine permet d’oxygéner le greffon et ainsi de réduire le risque de rejet de la greffe. La durée de vie de l’organe à transplanter, placé dans un bain d’hémoglobine (cœur, rein, foie ou visage) peut être doublée. L’armée est bien sûr intéressée, officiellement pas pour un dopage sanguin, mais pour le traitement des blessures de guerre (brûlures, souffles d’explosion qui mettent le cerveau en hypoxie, plaies). Mais cinq après sa mise au point, HEMO2Life, pourrait trouver avec la pandémie de Covid-19, le tremplin thérapeutique qui lui a manqué jusqu’à présent. Tout récemment, après l’accord de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) et du CPP (Comité de protection des personnes), l’HEMO2Life sera testé chez 10 patients positifs à la Covid-19 dans un hôpital parisien en cas de syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA). Le but est de retarder ou d’éviter le passage en réanimation lourde (respirateurs artificiels, oxygénation par membrane extracorporelle), le nombre de lits disponibles en réanimation dans les hôpitaux français étant limité, et certains médicaments commencent à manquer (une intubation nécessite l’emploi de curares).

De l’affaire Aderlass à la Covid-19, le chemin est long et semé d’embûches pour la petite entreprise de Morlaix. Bien que dans cette affaire, une hémoglobine de ver inconnue et différente de celle d’HEMARINA soit en cause, il est curieux de constater que ces hémoglobines suivent le chemin inverse de celui de l’EPO. A l’origine destinée pour soigner l’anémie des patients hémodialysés ou cancéreux, l’EPO fut détournée vers le milieu sportif dès 1997 (mondiaux de Lahti en ski nordique). L’hémoglobine de ver marin, utilisée officiellement en ski de fond en 2019, mais vraisemblablement avant en course à pied et cyclisme, frappe maintenant aux portes de la thérapeutique médicale.

Olympisme: la Russie out!

Après une pause « ressourcement » de fin de saison, je reprends le service normal sur La Flamme Rouge en couvrant cette excellente nouvelle, celle de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) d’exclure la Russie des Jeux olympiques pour les quatre prochaines années, de même que de leur interdire l’organisation de toute grande manifestation sportive.

Un mot: enfin! L’AMA a mis ses culottes et pris cette bonne décision malgré les pressions des autorités russes, notamment à l’égard de leur présence dans le financement des grandes compétitions internationales (Gazprom…).

Les athlètes russes voulant compétitionner devront le faire sous drapeau neutre, et devront prouver qu’ils ne sont pas impliqués dans un programme de dopage et que leurs échantillons n’ont pas été falsifiés. La commande est significative, ca ne sera pas simple pour ces athlètes.

Il faudra maintenant voir ce qui changera à court terme: les athlètes russes qui perforent actuellement sur les scènes des Coupes du monde seront-ils touchés? Le fondeur Bolshunov vient de gagner les épreuves de Coupe du monde de ski de fond à Littlehammer en Norvège en fin de semaine… peut-on croire en ses performances?

Qu’en sera-t-il pour les cyclistes professionnels russes? Les organisations sportives comme A.S.O. pourraient-elles adopter des mesures qui iront de pair avec la récente décision de l’AMA?

Chose certaine, le sport russe a désormais perdu toute crédibilité, les faits reprochés étant très récents (falsification des données de contrôles antidopage pour protéger les athlètes) et commis par les plus hautes instances. J’aurais peut-être été plus loin dans les sanctions et en ce sens je suis d’accord avec Travis Tygart, patron de l’agence anti-dopage américaine et tombeur de Lance Armstrong, qui demandait une interdiction totale des athlètes russes aux Jeux olympiques.

Le temps des belles paroles

Je publie aujourd’hui une nouvelle contribution de Marc Kluszczynski à propos du récent congrès de l’Agence Mondiale Antidopage en Pologne, et où la présidence est passée de l’Anglais Craig Reedie au Polonais Witold Banka.

L’AMA va-t-elle dans la bonne direction? Réponse ci-bas!

Pour les institutions antidopage et sportives, la fin de saison est le meilleur moment pour se repositionner de manière forte contre l’inégalité dans le sport et la triche sous toutes ses formes, alors que les compétitions de 2019 nous ont offert un spectacle contraire. Passons en revue les déclarations des faux-culs ayant participé à la 5ème conférence mondiale de l’AMA sur le dopage dans le sport qui a eu lieu à Katowice (Pologne) du 5 au 7 novembre. Cette conférence a coïncidé avec la 3èmerévision du Code Mondial antidopage qui sera en vigueur dès 2021.

C’est tout d’abord Craig Reedie, président de l’AMA, qui a pris la parole. Reedie souligne, à l’occasion du 20ème anniversaire de la création de l’agence, les progrès réalisés dans la lutte antidopage : « L’AMA continue d’écouter, d’apprendre et d’affiner ses stratégies ». Ce sont des paroles malheureuses, car ces mots signifient que l’AMA n’agit toujours pas après 20 ans d’existence ! Reedie laissera sa place à Witold Banka, actuel ministre des sports et du tourisme en Pologne. On se souviendra de la compromission de Reedie avec les russes, et de ses décisions maladroites qui ont mené l’AMA à se faire berner : les 2262 échantillons de la RUSADA remis à l’AMA avec trois mois de retard en janvier 2019 ont en fait été trafiqués. Mais l’AMA a toujours un temps de retard, par exemple en décidant d’enquêter sur les athlètes du NOP d’Alberto Salazar, alors que l’USADA le juge inutile.

Puis c’est Thomas Bach, grand ami de Poutine, qui s’autofélicite. Il encourage les institutions à lutter contre l’entourage des sportifs les poussant à se doper (médecins, entraîneurs), tout en reconnaissant que c’est impossible. A-t-il pensé soudainement au sport russe ? le président du CIO (qui finance l’AMA à 50%) annonce que le test de détection du dopage sanguin à long terme (plusieurs mois) est au point. Il est basé sur des modifications génétiques, mais il ne pourra pas être utilisé aux JO de Tokyo. Rien de plus spectaculaire (le mot « génétique » classe le bonhomme dans le haut niveau de compétence…), mais simple effet de manche! Bach ne parle même de la nouvelle méthode de prélèvement (DBS ou dried blood spot) qui, elle, représente une réelle avancée et a déjà été utilisée par Antidoping Swiss. Il s’agit de prélever cinq gouttes de sang et de les déposer sur une matrice sèche. La conservation à température ambiante, le faible volume prélevé, le transport facilité, la moindre dégradation représentent un réel avantage. Le DBS sera utilisé pour les JO de 2022 à Pékin.

Witold Banka et le président polonais Andrzej Duda glorifient le sport rendu propre grâce à l’AMA. Leurs paroles sont sans substance et complètement à l’opposé de la réalité. Dans ce genre de réunion, tout le beau monde adopte un sourire de circonstance et de réussite, ce qui permet l’auto-maintien au poste de responsabilité (?). Toutes les difficultés et échecs passent à la trappe. Banka déclare même : « Le futur de la nouvelle lutte antidopage commence aujourd’hui ». La future présidence de Banka ne laisse pas présager du meilleur. Banka, qui continuera à soutenir le CIO, avait été choisi par rapport à la ministre norvégienne de la jeunesse, de l’égalité et de l’insertion sociale Linda Helleland, partisane d’une indépendance totale de l’AMA vis-à-vis du CIO. Bach en profite pour faire un don public de 10 millions de dollars à l’AMA (qui servira à la réanalyse d’échantillons) et Banka, avec un budget de 40 millions de dollars, appellent les Etats à soutenir l’AMA. Après 5 années d’une crise russe non réglée, Banka, le polonais, héritera de ce dossier !  Mais Bach veillera.

En Russie, la situation devient de plus en plus confuse. Yuri Ganous, directeur de la RUSADA, rend responsable les autorités russes dont le ministre des sports Pavel Kolobkov, du trafiquage des données des 2262 échantillons. Mais Vladimir Poutine prétend que son pays lutte contre le dopage. Qui ment ? Banka se prononcera-t-il pour une nouvelle suspension de l’agence russe que Reedie avait réintégré en septembre 2018 sous les critiques des 18 agences nationales les plus importantes ? Le CIO ne bannira pas la Russie des JO 2020, les JO de Rio lui ayant suffi. Après le temps des belles paroles, on saura très vite si Banka agit.

Affaire Sky-Freeman: le point avec Marc Kluszczynski

Comme d’hab, c’est souvent des années plus tard que les secrets d’une équipe qui « marchait fort » sont révélées au grand jour; ce fut le cas de l’US Postal, c’est maintenant le tour de l’équipe Sky, aujourd’hui Ineos.

Vous êtes plusieurs à vous interroger sur l’Affaire Freeman, du nom du médecin de l’équipe qui, au début des années 2010, a importé des produits dopants, dont de la testostérone, pour très certainement en faire profiter les coureurs Sky.

Je vous propose aujourd’hui le point sur cette affaire, grâce à notre collaborateur occasionnel Marc Kluszczynski, fin connaisseur du dopage dans le cyclisme. Merci Marc de cette nouvelle contribution!

Freeman, un fusible?

La belle histoire de l’équipe Sky, pour laquelle son directeur sportif nous expliquait avec une belle hypocrisie la raison des gains marginaux, s’est fissurée en 2016 quand les hackers russes Fancy Bears révélaient les AUT (autorisations d’usage à des fins thérapeutiques) dont Bradley Wiggins avait bénéficié. Ce n’était pas les matelas, oreillers, boissons à l’hydroxybutyrate (cétone), ou encore les entraîneurs issus du milieu de la natation, qui avaient fait gagner le TdF 2012 à Bradley Wiggins, mais bien des injections de corticoïdes officiellement octroyées pour traiter un asthme. Le Dr Richard Freeman (médecin de l’équipe Sky et de la fédération anglaise entre 2009 et 2015) avait commandé entre 2010 et 2013 55 ampoules d’acétonide de triamcinolone. Wiggins ne serait pas le seul à les avoir utilisés dans l’équipe ; on a parlé de Richie Porte et de Chris Froome (affaire de la prednisolone, au Tour de Romandie en 2014) et certains coureurs de la Sky devant perdre 5 à 6 kg en trois semaines avant les grands Tours, rien de mieux que les corticoïdes. Avant son interdiction par l’UCI en 2019, d’autres médicaments étaient aussi utilisés comme le tramadol, un analgésique opioïde. Un ex de la Sky, le Canadien Michael Barry, l’avait révélé dans son livre « Shadow on the road » en 2014. Les injections de récupération étaient aussi pratiquées dans l’équipe, après leur interdiction en mai 2011.

Sky se situait donc dans la zone grise du règlement, et elle n’était pas la seule dans le World Tour. Dave Brailsford, directeur sportif, avait même engagé dès 2011 des médecins véreux, comme Geert Leinders, spécialiste du dopage sanguin chez Rabobank et Fabio Bartalucci, spécialiste des intra- veineuses de récupération. Brailsford avait pourtant juré en 2010 de n’engager que des médecins extérieurs au cyclisme. Après l’affaire des Fancy Bears, l’UKADA commencera à enquêter sur Sky et découvrira qu’un mystérieux paquet (jiffy bag) avait été livré d’Angleterre à Bradley Wiggins avant la dernière étape du Critérium du DL 2011. Le paquet fut amené directement par Simon Cope, cadre entraîneur de la fédération britannique de cyclisme et remis directement au médecin de Sky, le Dr Freeman. A partir de ce moment, les contradictions vont se succéder : Cope prétendait avoir amené une paire de pédales (!). Pourquoi les remettre à un médecin ? Brailsford devra s’expliquer devant les députés de la Chambre du Parlement et inventa l’explication du Fluimucil, mais ce médicament était en vente libre en France. Pourquoi alors l’avoir apporté d’Angleterre ? L’UKADA n’arrivera pas à identifier le mystérieux colis. Après 10 semaines d’enquête, Wiggins, triomphant après l’ajournement des auditions, déclarait, provocateur : « Jamais personne ne découvrira la nature de mon colis ».

Mais l’UKADA ne lâchait pas le morceau. Le Tribunal Britannique chargé des questions médicales (UKGMT) s’empara de l’affaire après la découverte par l’agence antidopage en mars 2017, de la livraison de 30 patchs de testostérone (Testogel) commandés par Freeman à la société Fit4Sport en juin 2011. En début d’année, les mensonges du médecin se succédaient : Freeman soutenait ne pas les avoir commandés, et invoquait une erreur de livraison du fabricant et les avoir renvoyés, les traces de la commande ayant disparu suite au vol de son ordinateur. Les nombreux ajournements et reprises des auditions (les audiences de février 2019 avaient été repoussées à novembre) nous faisaient craindre que l’on se dirigeait vers une nouvelle affaire Puerto. Freeman finira par avouer ses mensonges en novembre : il reconnaîtra avoir commandé lui-même les patchs de testostérone, sous la contrainte de Shane Sutton, directeur technique et entraîneur à la fédération qui en faisait usage pour traiter une dysfonction érectile ! Mais Sutton réfutera l’affirmation.

Bien sûr, le Testogel n’était pas destiné à un coureur, pas plus que les ampoules de triamcinolone dont Brailsford avait déclaré les utiliser pour traiter des douleurs au genou. Chez Sky, on doperait donc l’encadrement, mais pas les coureurs ! Cet encadrement doit commencer à trembler, car Freeman craque : il avait déjà avoué le 5 mars devant la Commission d’enquête du Parlement britannique que les « marginal gains » consistaient en fait à contourner la loi antidopage et à utiliser au mieux ses failles : abus d’AUT, injections de récupération indétectables, utilisation de médicaments de la zone grise (dont la L-thyroxine). En serait-il de même pour la testostérone en microdoses ? Le puzzle commence à se mettre en place : Wiggins, grand admirateur de Lance Armstrong, se tenait au courant grâce au texan, des « découvertes » d’Alberto Salazar, entraîneur au NOP (Nike Oregon Project), récemment suspendu 4 ans par l’USADA. Salazar est un spécialiste de la zone grise. L’entraîneur à succès avait déterminé la dose minimale de testostérone sur un de ses fils, Alex, pour rester invisible au contrôle. L’usage de L-carnitine à haute dose en IV que Bradley Wiggins avait testé, venait des expérimentations d’Alberto Salazar sur un de ses entraîneurs adjoints, Steve Magness. Les similitudes entre la Sky 2010-2019 et le NOP de Salazar sont de plus en plus grandes. Tous deux ont vraisemblablement franchi la ligne rouge avec la testostérone.

Freeman apparaît de plus en plus comme un fruit mûr qui ne veut plus tomber seul (le General Medical Council veut le radier de l’Ordre des médecins). Et L’UKADA, sous la pression de la Commission d’enquête du Parlement, ne veut pas apparaître comme une agence antidopage incompétente, qui n’a rien vu depuis 2010, année de la création de la Sky. Freeman pourrait être aussi condamner pour dopage ; il a déjà reconnu qu’il avait menti sur les 18 des 22 points concernant la commande de Testogel.  Seul manque la reconnaissance que les patchs pouvaient être destinés à un cycliste. On peut raisonnablement penser que le « jiffy bag » amené à Wiggins pour la dernière étape du DL 2011 contenait ces patchs de testostérone. Chacun jouera la montre, mais Bradley Wiggins s’en tirera-t-il cette fois ? Les audiences se succéderont jusqu’au 20 décembre, avec des ajournements attendus. L’UKADA peut agir jusqu’en juin 2021 ; après cette date, le délai de prescription sera dépassé.

De bonnes nouvelles pour la lutte contre le dopage

C’est un combat permanent, ingrat, de tous les instants: la lutte contre le dopage dans le sport. C’est cher aussi.

Ce putain de dopage qui continue de voler les athlètes propres, au profit de ceux qui trichent.

Mais de bonnes nouvelles pointent à l’horizon.

C’est Thomas Bach, président du CIO, qui en a fait l’annonce récemment, en ouverture de la 5e conférence internationale sur le dopage dans le sport, organisée par l’AMA et qui se déroule à Katowice en Pologne.

Bach a en effet annoncé qu’une méthode de détection du dopage faisant appel aux gènes pourrait être mise en place d’ici les JO 2020 de Tokyo.

En gros, il y a approximativement 21 000 gênes dans le corps humain. Lorsque soumis à un produit dopant ou une transfusion sanguine, certains de ces gênes réagissent en « s’activant ». Si on détecte cette activation possible que par l’apport de produits exogènes ou de transfusions, on peut ainsi prouver qu’il y a eu dopage.

On veut donc détecter les modifications dans la « signature génétique » des athlètes.

L’avantage immense de cette méthode est que ces gênes demeurent activés pendant des mois après une prise de produits dopants ou une transfusion, permettant de ne laisser aucun répit aux tricheurs. On pourra donc savoir plus tard si vous étiez dopé ou non.

Évidemment, on peut supposer qu’une réforme juridique s’imposera si ce système de détection est avalisé, les fameux « délais de prescription » étant à revoir complètement…

L’autre bonne nouvelle est les progrès qui se font sur une nouvelle forme de détection, appelée « dried blood spot testing » ou DBS. Il s’agit simplement de pouvoir détecter le dopage à partir d’un très petit échantillon de sang séché, au lieu d’avoir recours, comme en ce moment, à des échantillons urinaires et sanguins conséquents, qui posent d’ailleurs des enjeux lors du transport et de l’entreposage.

On pense bientôt pouvoir faire l’équivalent par une simple petite prise d’une gouttelette de sang, par exemple comme les diabétiques le font pour tester leur niveau d’insuline.

Le gros avantage d’une telle méthode est évidemment la réduction drastique des coûts associés à la détection du dopage, permettant de multiplier énormément le nombre de tests réalisés, la rapidité de ces tests et simplifiant l’entreposage.

Pour le DBS, on parle d’une méthode de détection en place pour les JO d’hiver de 2022 à Beijing.

On peut rêver, dans quelques années, que chaque coureur participant à une épreuve cycliste, même maitre, doive donner un petit échantillon de sang, question de permettre aux instances de vérifier aléatoirement parmi les participants le niveau de dopage. Ca enverrait un signal fort aux tricheurs, qui n’auraient plus de répit.

Bref, voilà des nouvelles encourageantes et La Flamme Rouge suivra le dossier de près!

Marc Kluszczynski: La Vuelta, révélatrice des anomalies 2019 en cyclisme?

Nous sommes de toute évidence nombreux  – même le journal Le Monde – à nous questionner sur ce cyclisme version 2019: une très jeune génération avec beaucoup de succès notamment sur les grands tours (Carapaz, Evenepoel, Bernal, Pogacar…), et des succès de coureurs émanant de pays où les scandales de dopage se sont multipliés au cours des derniers mois, comme la Colombie ou la Slovénie.

Quant à Lutsenko, ouf… 80 kilomètres d’échappée solitaire hier à la Coppa Sabatini, il sera en effet tout un client pour les prochains Mondiaux, pas de doute là-dessus.

Je vous avoue être loin d’avoir des explications à toutes ces performances parfois surprenantes!

Pour y voir plus clair, je publie aujourd’hui cette excellente contribution reçue hier de notre ami Marc Kluszczynski qui, lui aussi, essaie d’apporter des éléments à la réflexion. Merci Marc!

Cette année, on voit arriver en cyclisme une nouvelle génération de coureurs très talentueux (Egan Bernal, Tadej Pogačar, Remco Evenepoel…). Est-ce à dire que le dopage est en recul, comme certains le pensent, ce qui permet aux jeunes d’arriver car l’ancienne génération aurait baissé les armes ?

Le Tour d’Espagne, qui s’est déroulé du 24 août au 15 septembre, permet d’apporter des éléments de réponse.

Deux nations ont dominé cette Vuelta : la Colombie avec Nairo Quintana (Movistar) 8èmedu TdF, Miguel Angel Lopez (Astana) 7èmedu Giro, et la Slovénie avec Primoz Roglič (Jumbo Visma) 3ème du Giro et Tadej Pogacar (UAE Emirates). Remco Evenepoel a gagné en août la Classica San Sebastian à 19 ans ! Il est vrai, devant des pros fatigués par la TdF.

Si l’Amérique du Sud (la Colombie avec Egan Bernal) et l’Equateur (avec Richard Carrapaz) a gagné le TdF et le Giro, ce sera au tour de la Slovénie de remporter son 1erGrand Tour avec Primoz Roglič, vainqueur cette année du Tour de Romandie et de Tirreno-Adriatico. L’ex-sauteur à skis, en World Tour depuis trois ans, a dominé cette Vuelta, aidé par l’absence de quelques têtes d’affiche (les 7 premiers du TdF et les 2 premiers du Giro n’étaient pas là). Mais, curieusement, sa femme le suivait en camping-car sur cette Vuelta ! 

La Slovénie (avec la Croatie) est après l’Amérique du Sud le pays le plus impliqué dans les affaires de dopage. Milan Erzen, directeur sportif chez Bahreïn-Merida, est le découvreur des talents slovènes et croates. Il est impliqué dans l’affaire Aderlass. Dès 2011, le slovène Tadej Valjavec sera suspendu deux ans (après l’appel gagné par le TAS) pour anomalies de son passeport sanguin, après avoir été blanchi par le comité olympique slovène. Actuellement, Kristiyan Durasec (croate), Kristiyan Koren (slovène) et Borut Bozic sont impliqués dans l’affaire Aderlass.

Le jeune slovène Tadej Pogačar (20 ans) gagnera la 9èmeétape (Andorra La Vella-Cortals d’Encamp, 95 km et 3370 m de dénivelé +), la 13ème(Los Machucos : derniers 6,8 km à 9,2% de moyenne, mais avec 2 passages à 25%) où les deux slovènes assurent le doublé, et la 20ème(Plate-forme de Gredos). Lors de la 15èmeétape du 8 septembre (Santuario del Acebo) avec 4 cols de 1èrecatégorie, Pogačar se hissera à la 3èmeplace du classement général derrière Roglič et Valverde. L’américain Sepp Kuss, lieutenant de Roglič, gagnera cette étape : l’équipe Jumbo Visma était la plus forte sur cette Vuelta. Mais Pogačar sera rejeté du podium après la 17èmeétape des bordures et reperdra 1 min 16 lors de la suivante. Lors de la 20èmeétape, il démarre à 40 km de l’arrivée, bien avant le dernier col. Lopez et Quintana perdent 2.12 et 1.56 et Pogačar assure sa 3èmeplace au général. Sa résurrection à la fin de la 3èmesemaine est plus que douteuse.

Pogačar est déjà champion de Slovénie du CLM. Vainqueur du Tour de l’Avenir l’année dernière, il gagne cette année le Tour de Californie, avec ses chaussures à lacets et des jambes pas encore ciselées par les années d’entraînement.

Chose curieuse, on réassiste sur cette compétition à des attaques dans les cols et situées loin de l’arrivée (plus de 2 km) ; lors de la 2èmeétape (Calpe-benidorm le 25 août), Nairo Quintana démarre à 3 km de l’arrivée. Le colombien, aux attaques faisant long feu depuis quelques saisons, et comme anesthésié sur le TdF, retrouve en Espagne une vigueur qu’on ne lui connaissait plus. Mais il aura des jours sans (étape 5 du 28 août, étapes 15 et 16, 18, 20) et rétrogradera à la 4èmeplace au général en fin de 3èmesemaine. Il devient peut-être impossible actuellement de faire deux grands Tours et d’y briller. Sa carrière n’aura fait que s’étioler peu à peu au fil des ans, ce qui n’est pas un signe de non dopage. Ce sera peut-être la carrière type des jeunes qui arrivent actuellement et qui gagnent très vite. Miguel Angel Lopez est dans le même cas chez Astana.

La nouvelle norme pour échapper au passeport sanguin

Des coureurs jeunes, sans passé, se mettent donc à gagner des grands Tours. C’est certes un signe de recul du dopage, mais tant à la fois, cela pose question. Mais Alejandro Valverde, à bientôt 40 ans, est deuxième de cette Vuelta. La vérité est quelque part entre ces deux lignes.

On peut faire le rapprochement avec les jeunes africains de l’Est (kenyans ou éthiopiens), inconnus pour certains, gagnant les grands marathons grâce à des entraîneurs en cheville avec des médecins officiant en Afrique et les dopant très tôt avant qu’ils ne soient sur les listes de contrôles des agences antidopage, et soumis au passeport sanguin. Se doper très tôt (effet Obélix !) deviendrait la norme pour échapper au radar du passeport sanguin ! En somme, il s’agirait de se fabriquer un faux passeport et de le maintenir par un dopage régulier, la démarche inverse étant bien plus risquée.

Bernal a-t-il été contrôlé en Colombie après le TdF et avant son retour en Italie ? Gianni Savio, directeur de l’équipe Androni Giocattoli, est le découvreur de talents sud-américains, comme Egan Bernal, Ivan Sosa et Sergio Andres Higuita, le colombien d’Education First (5èmedu Tour de Colombie en 2018 et 2èmedu Tour de Californie cette année derrière Pogačar). Savio les « revend » ensuite à coup de centaines de milliers d’euros à de grosses équipes. Milan Erzen étant celui des slovènes et croates. Y a-t-il des docteurs Rosa (médecin italien installé au Kenya depuis la fin des années 80 ; disciple de Michele Ferrari, Rosa a choisi le marathon et a dopé les kenyans leur permettant de gagner la plupart des marathons du monde) en Amérique du Sud ou en Slovénie ?

Bien sûr, l’UCI n’a rien vu.

Et le passeport sanguin s’avère de plus en plus comme la ligne Maginot de l’antidopage.

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