Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur : Patrick

Contador est un winner.

Bonjour à tous les commentateurs et lecteurs de La Flamme Rouge.

J’avais été surpris et honnoré de la confiance de Laurent lorsqu’il m’avait invité à partager la tenue de son site il y a six semaines. J’y ai depuis écrit six articles dont j’étais plus ou moins content, avec une certaine frustration de me cantonner (mon choix) à des présentations et des comptes-rendus étriqués de compétitions professionnelles.

Après mon troisième article, je me suis investit plus profondément sur un historique de l’affaire Puerto jusqu’à ses derniers développements. Tout juste terminé, en pleine relecture, une coupure de courant l’a fait instantanément se volatiliser. J’ai mis trois semaines à m’en remettre puis à me remettre à la rédaction.

Aujourd’hui midi, j’ai passé 1h30 à rédiger un article que j’avais bien muri sur les stratégies dans les courses à étapes, illustrées sur le Paris – Nice en cours. Ce n’était pas sur mon ordinateur habituel. De cliquer sur l’onglet "publier" a rendu la page vierge. Impossible de retrouver le texte, encore un investissement parti en fumée. Comme l’autre, les seuls deux textes dont j’étais content.

La frustration est trop grande pour mon petit caractère. C’est pourquoi je vous annonce mon retrait du site, provisoire ou définitif je ne veux pas me poser la question. Ce message a pour unique but de vous avertir et non de me faire prier. Merci de ne pas me prier.

J’ai toujours admiré l’endurance et la qualité dans l’endurance dans les écrits de Laurent. Merci à toi pour six ans de chroniques régulières, peut-être à bientôt et dans tous les cas bonne route.

Patrick.

Il n’y a pas que le Tour!

 

Encore une belle bagarre sur Paris-Nice aujourd’hui.

Marquée d’abord de la très belle victoire de Christian Vandevelde, qui sauve en costaud son Paris-Nice en prolongeant sans fléchir l’échappée matinale.

On signalera ensuite un beau rattrapage des équipes françaises auteur de beaux mouvements mal récompensés, avec les Bbox dont Pierre Rolland bien lancé par Thomas Voeckler, Geoffroy Lequatre (Agritubel) et Christophe Le Mevel (La Française des Jeux) encore très en vue, et Jonathan Hivert gratifié d’une belle deuxième place mal mise en valeur par un irrespectueux geste d’énervement sur la ligne comme c’est devenu la mode chez ceux qui finalement ne reconnaissent pas leur vainqueur (on est deuxième, on est battu!).

A propos du classement général, deux informations importantes : Alberto Contador semble réellement injouable à la pédale, comme l’a montré son démarrage au vu et au su de tous ses adversaires, et Sylvain Chavanel a marqué le pas en ne pouvant suivre le premier groupe en poursuite derrière l’espagnol. La côte de Rochetaillée n’était pourtant pas très difficile, et très belle dans sa remontée d’un vallon granitique harmonieusement boisé, presque une gorge, mais elle fut montée à bloc à une dizaine de km de l’arrivée. On y remarqua encore la poigne retrouvée de Samuel Sanchez.

Derrière Vandevelde, les coureurs arrivèrent par groupes d’une vingtaine de coureurs, certains favoris et outsiders perdant plus de temps que d’autres. Sur le groupe Contador qui comprenait la plupart des costauds, Chavanel, Seeldrayers et Casar lâchaient 27", Knees et Vladimir Efimkin 1’04" et Pierre Roland déboursait irrémédiablement 3’17" suite à son échappée à une trentaine de km du but. Bernard Hinault va encore lui faire la leçon.

Demain aura lieu la belle étape ardéchoise. Je persiste à penser que c’est ce tronçon qui offre le meilleur terrain pour piéger Contador et son équipe. A condition d’attaquer tôt pour l’isoler puis le harceler durant les 120 premiers km qui offrent un merveilleux terrain pour une course de mouvement. Alors, messieurs de Saxo-Bank, de Quick Step, de Katusha et autrui, à vous de jouer.

Si des coureurs nous lisent, j’attire leur attention sur un passage très dangereux, le pont à angle droit sur lequel tombe un dernier raidard à la fin de la descente du Col de Montreynaud, au km 59 juste avant la remontée sur Vernoux au km. Attention aussi à la descente entre les km 73 et 80, particulièrement tortueuse sur une petite route parfois gravillonneuse.

Le temps sera beau, la température douce et le vent favorable.

Retransmissions télé aux mêmes horaires.

Paris -Nice s’enflamme

Comme souvent, les trois premiers jours de Paris-Nice auraient pu présenter une terne course d’attente avant les tronçons plus accidentés, ils nous montrèrent avec force le cyclisme sous diverses facettes riches d’évènements, facettes modernes, anciennes et malheureusement persistantes. D’abord, un contre-la-montre initial très court et tracé pour les rouleurs, gagné en sur-classement par le grimpeur poids plume Alberto Contador qui sur 9,3 km distança le champion olympique et double champion du monde de poursuite Bradley Wiggins de 7", puis les spécialistes Luis-Leon Sanchez, Tony Martin et son énorme braquet, David Millar et Joost Posthuma de 9", 11", 14" et 18"! Cyclisme moderne… Ensuite, une première étape à nouveau marquée par de nombreuses chutes, misères de ce sport qui de tous temps brisèrent en quelques secondes tant d’espoirs et d’investissements, et même des carrières. Le tableau des favoris en fut bouleversé. Fracture d’une côte et de la clavicule avec déplacement pour Rémi Pauriol, éliminé de l’épreuve et éloigné des premières places qui lui étaient promises ce printemps. Rendez-vous au Dauphiné ! Jose Angel Gomez Marchante éliminé (fracture du radius), Vladimir Efimkin, Sébastien Joly, et Amaël Moinard durement touchés, David Montcoutié piégé et relégué à 2’13 par ses appréhensions à frotter (au moins n’est-il pas tombé!), Joost Posthuma, Daniel Martin malades et à l’abandon, tandis que Christian Vandevelde avait lui chuté et perdu tout espoir dès le contre-la-montre rendu glissant par la pluie. De cette étape, retenons tout de même en positif le beau sprint de Heinrich Haussler, un beau coureur celui-là qui s’annonce pour les classiques flandriennes. La première étape nous réconcilia avec notre sport. Ceux qui eurent la chance de la suivre sur leur petit écran se souviendront d’une superbe bagarre. Remercions l’équipe Rabobank, à priori sans prétendant et malheureusement affaiblie par l’absence du surpuissant Posthuma, d’avoir semé le bazar dans un peloton qu’elle fit éclater en de multiples groupes par un coup de bordure mémorable. C’est ainsi qu’à 40 km de l’arrivée, on vit surgir l’armada orange composée de Juan Antonio Flecha, Sebastian Langeveld, Juan Manuel Garate, Bram Tankink, Maarten Tjalingi, Nick Nuyens et Mathew Hayman. Par une météo de circonstances, pluie glaciale accompagnée d’un bon vent de ¾ dos, les hommes du nord se mirent à écraser les pédales sans se retourner. Le peloton ne cassa pas tout de suite, mais les héritiers de la grande équipe Raleigh eurent le mérite d’insister. La pression finit par le briser, une fois, puis deux, et après une dizaine de km une petite bosse éparpilla les coureurs partout ; impressionnantes images d’un cyclisme à l’ancienne qu’on se réjouit toujours de revivre. On vit même Contador tenter de sauter seul du 3ème au 2ème groupe, en vain malgré le retour soudain de Christophe Moreau dans le sillage de la moto qui suivait le leader espagnol ; un œil exercé constatait d’ailleurs que les motos jouaient, et c’est regrettable, un grand rôle dans les repositionnements des uns et des autres ! Encore dix kms et le premier groupe perdait la moitié de son effectif pour n’être plus composé que de Flecha, Garate, Langeveld, Sylain Chavanel et Kevin Seeldrayers qui s’étaient enfin décidés à relayer (tous deux de la Quick Step), Stephane Auger seul rescapé d’une échappée matinale, Jürgen Roelandts et le redoutable Marcus Burghardt qui préparait son final bien calé dans les roues. Une crevaison à quelques encablures de l’arrivée eut raison de ses ambitions. Les deux derniers km nous offrirent un petit remake de Kurne-Bruxelles-Kurne avec un nouveau mano à mano entre Flecha et Sylvain Chavanel, à nouveau à l’avantage du français qui s’octroya un beau succès et 10 secondes de bonification (en plus de 3 autres glanées en cours de route). Bilan chronométrique : esseulé et sauvé par les Saxo-Bank dont surtout Jens Voigt, Contador termine à 1’09 (l’allemand se serait trouvé devant au service de Franck Schleck et Paris-Nice était plié pour Contador), tout comme Luis-Leon et Samuel Sanchez, Montfort, Knees, Nocentini, Trofimov, Hivert, Colom, Karpets, Kroon, Voigt et Schleck, puis Fuglsang, Efimkin, Kreuziger, Markus Fothen, Rolland, Casar, Voeckler et Moinard lâchaient 2’50, Calzati, Joly, Evans, Chris Anker Sörensen, Roche et Martin Velits perdaient 10’08, et Pereiro, Bouet, Vogondy, Montcoutié et Veikkanen bien plus encore. Mauvaise journée pour les trois équipes françaises en vue depuis le début de saison, Cofidis, Bbox et Agritubel. Avec ses 4ème, 5ème et 7ème place sur le Giro, Juan Manuel Garate a des références. Il était très fort hier, tiendra-t-il dans la montagne ? Sylvain Chavanel se pose-t-il en favori, avec Kevin Seeldrayers en embuscade ? Quelle va être la réaction d’Alberto Contador, et le comportement de Voigt et Schleck ? Que de questions palpitantes, sans oublier de garder un œil sur les Sanchez, Nocentini, Colom et Karpets qui restent en embuscade. Et bien sûr, l’incertitude et de nouvelles surprises toujours possibles. Dès aujourd’hui, on peut s’attendre à des réactions d’orgueil, dans une étape pas facile qui testera les capacités organiques sur les corps meurtris par le froid et les efforts d’hier. Le temps sera aux fraîches giboulées avec un vent légèrement favorable. En France, une diffusion télévisée sera assurée sur France 4 de 14h45 aux alentours de 16h30 (avec un Laurent Jalabert en grande forme), et sur Eurosport dès 14h30 précédée de la rediffusion de la dernière heure de la veille (il y en a qui ont de la chance !) et suivie de la première étape de Tirreno-Adriatico. Enfin, je me permets de me réjouir de la défaite de l’équipe de France de Coupe Davis dimanche dernier. Pas que j’ai quelque chose contre le tennis, il m’arrive encore de prendre plaisir à regarder ce beau jeu. Mais il est médiatisé dans notre pays avec un regard devenu tellement patriotique que la présence des couleurs bleu-blanc-rouge le rend exclusif (et son absence de le jeter aux oubliettes). Le sélectionneur Guy Forget avait un discours plutôt sympa quand il prit la suite de Yannick Noah, il perdit cette part d’humanité que su garder son prédécesseur pour finir par se répandre dans des tirades tournant autour de la Marseillaise et de l’amour du drapeau qui le rapproche désormais d’un Bernard Laporte (donc, du côté du manche) que, vous l’avez compris, je n’aime pas. Par sa nature, le cyclisme permet difficilement cela (un peu plus sur piste). Délaissant et c’est bien dommage la Coupe Davis qui pourtant va se poursuivre (vous voyez que j’aime le tennis), les chaines de télé ne nous imposeront plus cette année des week-ends entiers de patriotisme sportif (par exemple, ne fut télévisée qu’une portion congrue de la plupart des Tour des Flandres de ces derniers années, dont certes l’édition 2009 ne coïncide plus avec la Coupe Davis).

Incontournable dopage!

A quelques heures du départ de Paris-Nice, l’actualité du cyclisme se tourne encore vers le dopage. On ne peut l’esquiver, sans toutefois bouder le plaisir que va nous offrir la course au soleil.

D’abord, L’agence Reuters nous apprend que les contrôles anti-dopage ciblés devraient remplacer les contrôles par tirage au sort lors du prochain Tour de France, les contrôles des premiers de l’étape et du maillot jaune persistant. On peut imaginer l’effet pervers suivant.

Un équipier usant de produits dopants décelables au contrôle mais non soupçonnables au suivi biologique, notamment des excitants à effet immédiat comme des amphétamines, et qui, après avoir aidé son leader, ne terminerait pas l’étape aux premières places, aurait la quasi-certitude de ne pas être contrôlé. J’aimerai avoir l’avis de connaisseurs.

Ensuite, Jan Ullrich a franchi un pas important vers ses prochains aveux. Dans les aveux d’anciens champions, il y a un aspect à ne jamais oublier : la prescription. Jan Ullrich a un gros palmarès, avec des victoires de prestige comme le titre olympique sur route en 2000. Comme ses prédécesseurs à la repentance plus ou moins choisie, plus ou moins contrainte, il semble évident qu’il attend le «bon moment » pour se livrer… sur des périodes prescrites.

Les aveux de celui qui a généré en Allemagne un engouement aussi soudain qu’exceptionnel pour le cyclisme ont déjà été admis dans un pays où la popularité sportive est encore capable d’une certaine raison. Cela n’y fera donc pas très grand bruit. Malheureusement, le cyclisme allemand souffre déjà très largement du désamour populaire consécutif à une foudroyante passion déçue.

Ils vont cependant mettre en difficulté la «Planète  Armstrong » devenue une véritable industrie aux Etats-Unis… et ailleurs. Car aussi volontairement aveugles soient-ils, il sera de plus en plus acrobatique au public et aux médias états-uniens, et d’ailleurs, de vanter la perfection du parcours d’un dieu vivant qui aurait battu tous ses adversaires sur-naturés par ses seuls talent, travail et volonté. L’icône pourrait bien tomber à son tour.

Paris-Nice

Par delà l’Atlantique, les nombreux cyclistes francophones du Québec, de France, de Suisse et de Belgique attendent avec impatience l’arrivée du printemps. Certains sont mieux pourvus, dans le midi de la France, quand la luminosité du ciel n’est pas accompagnée d’un mistral ou d’une tramontane à décasquer un cycliste.

Les coureurs pros, eux, vont une fois de plus partir de la capitale française dans la grisaille, traverser la France dans le sens nord-sud par dessous les giboulées, pour débouler jeudi sous un soleil qui les accompagnera de l’Ardèche à la côte d’Azur par l’arrière-pays provençal. Paris-Nice devrait encore mériter son surnom : la course au soleil.Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une course de qualité. En cyclisme, on sait que ça ne suffit pas toujours!

D’abord, le parcours.

Un contre-la-montre de 9,3 km pour commencer, peu sinueux bien que semi-urbain, devrait déjà donner quelques petits écarts qui pourraient compter lors du bilan.

Les deux étapes suivantes sont sans difficultés et ne devraient pas concerner les gros bras, mais le petit nombre de sprinters au départ laisse envisager une course animée.

Viendra ensuite l’arrivée à St-Etienne par un final accidenté, notamment la Côte de Rochetaillée dont le sommet est situé à 7 km de l’arrivée. L’absence de pourcentages élevés et les quelques replats avant celle-ci devraient cependant inhiber les velléités des favoris. Quelques mouvements impliquant des outsiders ne sont pas à exclure et le spectacle devrait valoir le coup d’œil.

Jeudi arrivera alors avec une étape de toute beauté sur des routes que je connais par cœur. Bravo aux organisateurs d’avoir su enfin saisir les richesses topolographiques ardéchoises pour une étape à ne pas manquer. On n’y rencontrera pas non plus de pourcentages élevés, mais les 204 km reliant Annonay à Vallon-Pont-d’Arc vont offrir aux coureurs prêts à la bagarre un chantier dont certains se souviendront. On n’y fera quasiment que monter et descendre, essentiellement sur de petites routes sinueuses où les gros groupes auront bien du mal à s’organiser. Les 80 derniers kms sont moins rigoureux que les 120 précédents, mais on peut envisager que ceux-ci vont suffisamment disperser le peloton pour laisser place à un final « à la pédale ». Personnellement, j’aurai mieux vu une fin d’étape par Valvignères – Gras plutôt que St Thomé – Gras puis la boucle par le Pont d’Arc et le Serre de Tourre plutôt que Ruoms – Lagorce, mais je ne veux pas trop faire la fine bouche. Par ailleurs, je voudrais aussi préciser qu’on ne découvrira là qu’une facette de l’Ardèche, en Corniche plus ou moins éloignée du Rhône et ne dépassant pas 800 m, alors qu’une autre plus montagneuse existe plus à l’est, largement au-dessus des 1000 m. Point important : le vent devrait souffler favorablement entre St-Jean-le-Centenier et St-Thomé et même Gras, ce qui favorisera plus encore une course de mouvement.

Vendredi, on ne manquera pas l’étape qui s’annonce comme phare avec l’arrivée à la Montagne de Lure (altitude 1600 m). Précédée de quelques bonnes petites bosses propres à fatiguer les équipiers, la montée finale devrait être marquée par la confrontation de la semaine entre les gros bras. C’est le rendez-vous de ce Paris-Nice, qui ne s’y jouera peut-être pas. Le beau temps est annoncé, la traversée du Plateau du Vaucluse entre Rhône et Durance promet de très belles images.

Suivra encore une étape très vallonnée dans le Haut-Var, sur des routes plus propices au contrôle organisé de la course. Je pronostique que la course sera bloquée sur le classement de la veille, mais…

Idem pour la dernière étape, à moins que comme il y a deux ans avec Alberto Contador, un homme au-dessus du lot s’en aille en costaud dans le Col d’Eze. Personnellement, je regrette la traditionnelle montée chronométrée du Col d’Eze qui personnalisait cette course et nous a donné de si beaux spectacles par le passé depuis Poulidor matant Merckx jusqu’aux luttes de Kelly, Roche et Bernard.

On regrettera l’absence des deux grands protagonistes de l’an passé, le vainqueur Davide Rebellin et le tout jeune Robert Gesink que les vieux briscards italiens piégèrent dans la difficultueuse descente du Tanneron sous la pluie. Le plateau reste alléchant.

Au rang des favoris, Alberto Contador (Astana) se dégage. Il sera l’homme à battre. A la pédale, à partir du pied de Lure ce sera mission très difficile. On peut donc s’attendre à des opérations stratégiques d’envergure jeudi, plutôt avant le final (le secteur entre Lamastre et Privas est particulièrement propice), ou le lendemain lors de la traversée du Plateau du Vaucluse.

A mon sens, viennent ensuite dans l’ordre Sylvain Chavanel (Quick Step), Frank Schleck (Saxo Bank), Rémi Pauriol (Cofidis) et Vladimir Efimkin (AG2R).

Puis un grand nombre d’outsiders parmi lesquels David Montcoutié et Amaël Moinard (Cofidis), Chris-Anker Sörensen,  Jens Voigt et Jakob Fuglsang (dans une très forte équipe Saxo Bank) , Antonio Colom (Katusha),  Rinaldo Nocentini , 2ème l’an passé (AG2R), Cadel Evans (Silence-Lotto), Daniel Martin (Garmin), Kevin Seeldrayers (Quick Step), auteur d’un bon Tour de Californie, Luis-Leon Sanchez (Caisse d’Epargne), peut-être en perte de vitesse, Jussi Veikkanen (La Française des Jeux), , Sylvain Calzatti, Maxime Bouet et Nicolas Vogondy (dans une équipe Agritubel euphorique), Thomas Voeckler, Youri Trofimov, Pierre Rolland (Bbox), Martin Velits (Milram), et enfin Roman Kreuziger (Liquigas) et Samuel Sanchez (Euskaltel), deux champions dont on ne connaît pas l’état de forme.

Gageons que si Contador réalise un très bon premier chrono, et je parierais dessus, il risque de se retrouver désigné plus encore comme adversaire principal par ses nombreux concurrents, auquel cas les étapes de jeudi et vendredi seraient particulièrement difficiles à gérer pour une équipe Astana dont les directeurs sportifs de la Cofidis, Saxo Bank, Bbox, AG2R et Quick Step n’auront pas manqué de souligner certaines faiblesses… sur le papier. Le leadership pourrait alors changer de main, ou bien une course débridée se mettre en place…

D’ici demain, il reste à disserter (à vous, commentateurs!) sur une course qui devient majeure: L’Eroïca, dont l’édition 2009 qui vient de s’achever fut encore une fois de très haut niveau. On aurait voulu la voir télévisée, celle-là!

De eux à nous, suite.

Cette nuit (en Europe!), l’actualité cycliste se déroulait au plus haut niveau en Californie, avec une étape grandiose où la liste des coureurs composant le groupe de tête était digne d’un mois de juillet. Et l’étape de la nuit prochaine est plus prometteuse encore. Que ceux qui reçoivent Eurosport ne manquent pas de programmer leur enregistrement. Un jeune à suivre au milieu des cracks: Bauke Mollema.

Pour en finir avec le Tour Med, on saluera la nouvelle très belle victoire de David Montcoutié, un de ces gars dont les succès réjouissent tout le monde; et sèment le doute sur la question du "dopage certain", chez ceux qui en sont capables. On remarquera les nouvelles belles performances de Rémi Pauriol et de Jonathan Hivert (un nom à suivre), la réapparition au premier plan de Mauricio Soler, et l’habituelle arrivée en forme de Davide Rebellin à une semaine d’une de ses épreuves de prédilections, le Tour du Haut-Var, auquel son équipe Serramenti n’est pas invitée.

Parmi les jeunes loups face au retour d’anciens dont on a beaucoup parlé ces derniers temps (La perf de Paco Mancebo, peut-être la plus belle de sa carrière, doit déplaire à de nombreux commentateurs de ce site), notons que ce riche week-end a été aussi marqué par un exploit peut-être unique dans l’histoire moderne du cyclisme: la double victoire de l’enfant prodige Taylor Phinney au kilomètre et en poursuite le même week-end de Coupe du Monde. Après avoir bouclé les 4km départ arrêté en 4’15"22 (56,4 km/h de moyenne, 9" d’avance sur le 2ème temps) vendredi, il parcourt le lendemain son km départ arrêté en 1’01"64 (58,4 km/h de moyenne, 47 centièmes devant Michaël d’Almeida). A 18 ans seulement, le fils de Connie Carpenter, championne olympique sur route en 1984, et de Davis Phinney, double vainqueur d’étape au Tour de France, démontre des qualités aérobiques et anaérobiques qui pourraient bien en faire le rival de Mark Cavendish d’ici quelques années.

Notons encore comme évènement du week-end la 9ème victoire de Sven Nys dans le Challenge Super-Prestige de cyclo-cross. Un exploit qui ne saurait être apprécié que par nos amis belges.

Parmi lesquels notre fidèle commentateur Bertrand Pivert se pose la question du niveau minimal à acquérir en vue de son grand objectif du mois de juin: la grimpée de l’Alpe d’Huez. Nous en reparlerons bientôt, calculs à l’appui. D’ici, là trois pistes sont à travailler: le gain de puissance maximale aérobie (la fameuse PMA), essentiellement par l’entrainement fractionné (par exemple des séries de quatre répétitions d’une minute à haute intensité suivie de deux minutes à basse intensité), le gain en endurance (la capacité à tenir longtemps à un certain pourcentage de PMA, par exemple 85% pour l’index d’endurance déjà présenté sur ce site), par des sorties longues et surtout par des efforts tendus de l’ordre d’une demi-heure, et la perte de poids.

En complément de l’entrainement sur le vélo, règne actuellement dans le monde du vélo une tendance à chercher un gain de puissance par la musculation, du bas mais aussi du haut du corps grâce au fameux gainage. Gageons que la mise en avant des pectoraux et des épaules de Lance Armstrong va générer une ruée de nombreux cyclistes amateurs dans les salles de sport. S’il semble assez évident qu’une solide musculature au dessus de la ceinture participe au transfert de la puissance vers la motricité, il est bien difficile d’évaluer le gain en opposition d’une perte due au supplément de poids lors des efforts en montée. Si le cas de Lance Armstrong fera d’autant plus école qu’il gagnera, il sera intéressant de suivre son évolution morphologique les mois à venir. On a déjà tant écrit sur cette évolution, on n’a donc pas fini. Car s’il est faux de dire qu’il est revenu à des formes proches de celles de son début de carrière (il était plus gras), comme il est faux de dire qu’il n’avait que très peu perdu de poids pour son retour en 1998-99 (les images sont criantes), il est vrai que sa morphologie de 2009 n’est pas celle de 1999 à 2005. Je me permet de pronostiquer que le gain musculaire a été calculé pour être perdu d’ci au Giro et au Tour. A suivre. Parce que je persiste à croire que, pour ce qui est de grimper, c’est Michaël Rasmussen qui était dans le vrai. A ce titre, il est peut-être heureux qu’il n’est pas gagné le Tour 2007 (et je crois que son apparence diablotine fait partie des raisons qui font qu’il a à l’époque était exclu de l’épreuve), car son modèle n’est probablement pas une bonne école de santé. Cependant, poussons le cas à l’extrême, qui peut être sûr que passer les mois de décembre et janvier le haut du corps dans un corset tout en roulant sur home trainer ne serait pas la meilleure stratégie pour progresser en montagne (le cyclisme à la Huxley)? Rasmussen, ll avait quand même Tour gagné avec un torse et des bras d’un enfant de 8 ans.

Alors, Pivert, quelle stratégie choisis-tu:

Le bon? 

La brute?

Ou le truand?

Rassure-toi, nul besoin d’en arriver là pour gagner l’Alpe. Ni d’éliminer ça.

Ni de t’offrir un vélo à 20 000 $, comme le pauvre Lance Armstrong qui va devoir emprunter le mulet:

De eux à nous

Intéressantes données de l’effort de Gustav-Erik Larsson lors du prologue du Tour de Californie (à éclaircir en éliminant les données inutiles: vitesse et altitude).

On constatera une puissance moyenne de 518 W sur environ 5 minutes, soit 6,48 W par kg pour un poids annoncé de 80 kg, une cadence de pédalage moyenne de 98 rotations par minute. On remarquera les creux et pics de puissance au départ et à l’arrivée, aux entrées et sorties de virages, et aussi une fréquence cardiaque plateau de 168p/mn seulement rapidement atteinte (une quarantaine de secondes) et très bien maintenue. Signe d’un échauffement réussi, ce que confirme le commentaire de l’entraineur Bobby Julich.

Voilà un bon exercice: s’entrainer à l’échauffement. Pour cela, il est utile mais non nécessaire de disposer d’un home trainer qui mesure la puissance. On établit un exercice de home trainer (ou de route, sur une boucle bien protégée du vent) d’environ cinq minutes, sur lequel on mesure la performance (le plus simple est de se chronométrer sur une distance fixée correspondant à une telle durée). Puis on s’essaie à différents échauffements (une seule tentative le même jour), qu’on note. Ensuite, on répète ce qui semble le mieux fonctionner, c’est-à-dire ce qui donne le meilleur temps. Enfin, une fois un protocole d’échauffement fixé, on s’essaie à différentes stratégies d’effort essentiellement conditionnées par le départ, mais jouant aussi sur les braquets et le moment où on va commencer à accélérer en vue de l’arrivée (on remarque que Larsson n’augmente sa puissance que dans les 10 dernières secondes, mais que son rythme cardiaque a commencé à s’élever à 50 secondes de l’arrivée, il y a là une piste comme quoi il ne serait pas bon signe qu’on soit capable d’accélérer trop tôt).

La capacité à gérer un effort de 5 minutes est un facteur essentiel de la performance cycliste en général.

Pendant ce temps là, dans le Midi de la France.

Le cyclisme professionnel a bien changé ces deux dernières décennies. Centré sur la France, l’Italie et la Belgique, à un degré moindre l’Espagne, la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas, le peloton était jusqu’à la fin des années 80 composé d’un nombre restreint d’équipes qui se retrouvaient régulièrement sur un nombre restreint de courses. Il en résultait une certaine convivialité, une certaine conscience de clan largement amenuisées depuis. La tradition portait également une forte emprise des anciens sur les jeunes.

Le mois de janvier était traditionnellement occupé par des stages sur la Côte d’Azur et la Riviera, l’une prolongeant l’autre. Les petits pelotons se croisaient sur la route, parfois dans les salons des hôtels. Puis venaient les premières courses, toujours le long de la Grande Bleue.

Les temps ont changé. Devenu obèse, le peloton professionnel s’est morcelé en catégories officialisées, tout comme les courses. S’il reste quelques équipes osant braver le trafic automobile entre Toulon et La Spezia, les stages se sont dispersés en Australie, Afrique du Sud, Argentine, dans le sud de l’Espagne, aux Iles Canaries, en Californie, au Mexique etc… De même, on assiste à une internationalisation des épreuves à un point difficilement imaginable il y a une vingtaine d’années.

Le Tour Down Under en Australie a marqué le début de saison 2009, avec le show médiatique Armstrong qui a masqué le peu d’intérêt d’une course orientée vers les sprints massifs. Gagnée par un beau coureur en la personne d’Allan Davis.

Puis vint le Tour du Qatar, où une pétromonarchie se paie un jouet avec les premiers duels Boonen – Cavendish sous les palmiers. Boulimique, elle pourrait bien aller jusqu’à s’offrir ce qu’il se fait de mieux dans le cyclisme, une étape du Tour ou un Championnat du monde, avant de passer à autre chose. Espérons que le jouet n’en sortira pas trop cassé.

Avec une histoire qui commence à bien s’étoffer (et une première victoire d’étape d’un coureur national), le Tour du Langkawi lui succède actuellement, et il est bien dommage que les télévisions des pays de tradition cycliste n’ait pas cru pas bon de retransmettre l’étape des Genting Highlands, sommet de l’épreuve malaise devenue un grand classique asiatique. Le spectacle télévisé d’une course toujours animée dans le cadre de cet empire du jeu qui émerge d’une montagne tropicale feraient le plus grand bien au cyclisme. Très belle victoire du grimpeur colombien Jose Serpa.

Enfin, le Tour de Californie qui débute aujourd’hui clôturera cette entrée exotique avec une affiche des plus alléchantes, qui naturellement occupe la une de La Flamme Rouge.

Dans cette internationalisation, les traditions de la Vieille Europe ont survécues une année de plus. Et de fort belle manière dans le sud de la France.

Soulignons d’abord une très belle innovation au Grand Prix d’Ouverture: la moyenne montagne pour débuter la saison. Remercions les organisateurs à double titre : de la preuve que c’est possible, nous devrons nous en souvenir, et de l’offre d’une course très animée. Sur 136 km de Marseille à Marseille, la première épreuve européenne empruntait rien moins que la montée des Termes, celle du Juillet, le pas de la Couelle (dit Petit Galibier), le Col de l’Espigoulier, la côte de Julhan et le Col de la Gineste pour arriver au bout de la montée à Luminy. Attrayante accumulation. On y vit la très belle victoire du régional Rémi Pauriol, qui prit en main une échappée après une trentaine de km de course seulement, la prolongea de façon très autoritaire avec Matthieu Ladagnous, dont il se débarrassa dans la Gineste pour résister au retour du duo des Bbox Yuri Trofimov et Thomas Voeckler (revenu à 10 secondes à 10 km de l’arrivée, repoussé finalement à 27 secondes par Pauriol, seul et après 100 km d’échappée, on relèvera l’exploit), Jean Eudes Desmaret réglant le premier petit groupe (6 coureurs) pour la quatrième place. Que du beau linge parmi lesquels se fit remarquer le néo-pro Brice Feillu.

Dans son profil et son déroulement, cette course rappelle les semi-classiques italiennes regroupées dans une coupe d’Italie qui rythme la saison transalpine de février à septembre. Je me permet d’inciter les organisateurs français à suivre cette exemple afin de sortir du marasme une Coupe de France dont la trop grande platitude des épreuves privilégie par trop le vice et le hasard au détriment de la valeur physique.

L’Etoile de Bessèges donna ensuite et comme souvent lieu à de bonnes empoignades, grâce notamment à la traditionnelle étape reine Branoux les Taillades – La Grand Combe, bien que ramenée à 51 km des faits d’une grogne du peloton suite à une erreur de parcours et surtout d’une tempête (un fameux « épisode cévenol » pour reprendre le terme météorologique). On n’a pas assez insisté sur l’épisode clé de course. Sur la fin de cette étape, le tenant du titre Yuri Trofimov réussit à s’extraire dans le Col de la Baraque, emmenant le néo-pro slovène Jure Kocjan qui lui refusa tout relais. Jusqu’à venir le griller au sprint qu’il couronna d’un superbe bras d’honneur, tel qu’on le voit si on fait preuve d’attention sur cette vidéo déjà proposée par Laurent.

Par cette victoire et la prise du maillot de leader, Kocjan croyait bien avoir fait main basse sur l’Etoile de Bessèges. Méconnaissance du milieu! Son geste provocateur et la force de l’équipe Bbox la lui firent perdre. Dès le lendemain, le harcèlement ostentatoire des excellents Trofimov, Voeckler, Fedrigo et Rolland, soutenu par un peloton complice, allait déboucher sur une échappée qui plaça définitivement Thomas Voeckler en tête du classement. Encore une très belle course, autour des Fumades, pour un début de saison très prometteur pour le cyclisme français.

Avec les confirmations de Rémi Pauriol, Pierre Roland et Clément Lhotellerie déjà auteurs l’an passé de performance au plus haut niveau, les arrivées de Jean-Eudes Desmarets et Brice Feillu, la très belle tenue de Thomas Voeckler, Matthieu Ladagnous et Pierrick Fedrigo, et le retour en pleine possession de ses moyens de Sébastien Joly, le cyclisme français est bien vivant dans un sport en cours de mondialisation.

Avant sa première confrontation au gratin mondial lors du prochain Paris-Nice, un nouveau palier sera franchi dès demain avec l’arrivée au sommet du Mont Faron. Mais la grosse armada espagnole de la Caisse d’Epargne a déjà fait le ménage par une démonstration de force sur le plat au service d’un Luis-Léon Sanchez qui sera bien difficile à déboulonner. Ses derniers concurrents, le finlandais Jussi Veikkanen à 36 secondes et l’irlandais Daniel Martin à 50 secondes, semblent trop loin, même si les qualités de grimpeur du tout jeune (22 ans) neveu de Stephen Roche font déjà peur. D’autant qu’elles pourraient être galvanisées par son statut de régional immigré, puisqu’il fut comme Rémi Pauriol formé au Vélo-Club La Pomme, LE club marseillais de LA ville de l’immigration. Pour cette étape, on notera encore Rémi Di Gregorio, ex de la Pomme et minot de la Cannebière dont on peut imaginer combien une victoire au Faron doit le faire rêver, et Mauricio Soler, certainement très motivé après une saison noire marquée de nombreuses chutes et qu’on aurait tort d’oublier à l’heure des dernières retouches des équipes du Pool (Valverde, on le garde ou pas dans son team? Et Contador?).