Affaire Jeanson: condamner tous les coupables

Le cyclisme est au coeur de l’actualité au Québec aujourd’hui avec la nouvelle de la parution, le 6 novembre prochain, d’un livre, d’un récit journalistique plutôt, sur Geneviève Jeanson. C’est à la une du quotidien La Presse, c’est l’objet du premier invité de l’émission radiophonique de Christiane Charette, c’est partout.

Le récit journalistique totalement indépendant sur l’histoire de Mme Jeanson est signé Alain Gravel, ce journaliste d’enquête de Radio-Canada et qui a été à l’origine des aveux de dopage de l’athlète en septembre 2007.

C’est au coeur de l’actualité parce qu’après le scandale de dopage à l’EPO aujourd’hui archi-connu, le livre va plus loin: de nouvelles révélations sont faites à propos des relations malsaines entre l’athlète et son entraineur, André Aubut, relations allant même jusqu’au niveau sexuel. De nouvelles révélations sont faites également concernant le père de l’athlète qui, selon Geneviève Jeanson, savait et cautionnait le dopage de sa fille. M. Jeanson l’a pourtant nié très longtemps.

Déjà, les réactions sont nombreuses. Lyne Bessette, que j’ai toujours bien aimé pour son franc parler à des années lumières de la langue de bois répandue dans le milieu, dit avoir été très en colère contre Mme Jeanson, cette dernière l’ayant volé d’une carrière cycliste autrement plus glorieuse. Je suis entièrement d’accord avec Lyne Bessette et c’est là qu’on mesure tous les ravages du dopage qui continue de me révolter toujours autant. Rappelons que Bjarne Riis, que Lance Armstrong et qu’Alberto Contador volent probablement en ce moment même la carrière de nombreux cyclistes propres dont un grand nombre sont probablement français…

D’autres formulent des commentaires moins pertinents, versant dans l’incompréhension du sport de haut niveau.

Difficile donc de ne pas commenter sur La Flamme Rouge devant l’ampleur de la nouvelle. Ma première réaction sera humaine, celle de penser qu’au fond, toute cette histoire est d’une tristesse infinie.

Une fois cela dit, ma deuxième réaction est celle de contenir mon commentaire sur La Flamme Rouge, un site qui s’intéresse au sport cycliste, point à la ligne. Pourquoi ? Parce que les nouvelles révélations font, selon moi, basculer l’Affaire Jeanson du domaine sportif au domaine social.

L’Affaire Jeanson n’est plus une affaire de dopage, c’est une affaire sociale portant sur la relation entre un athlète et son entraineur. L’Affaire sportive s’est en effet terminée avec les sanctions infligées à Mme Jeanson suite à ses aveux de dopage à l’EPO et ce, depuis l’âge de 16 ans.

C’est une histoire sociale parce que désormais, elle touche à une situation malheureusement déjà vue de relations malsaines entre un athlète et son entraineur qui s’érige progressivement en gourou, exercant non seulement son emprise sur le corps mais surtout sur l’esprit de l’athlète. Ca s’est passé en cyclisme avec Mme Jeanson, ca s’est déjà vu à maintes reprises dans le passé non seulement dans le sport mais aussi dans les arts ou n’importe quel autre domaine. Mozart est peut-être le premier cas documenté !

Ma troisième réaction est plus violente et se cantonne au côté "sportif" de l’Affaire Jeanson : je crois que ce qu’il faut surtout dire dans toute cette histoire, c’est qu’il est insupportable que Mme Jeanson soit la seule à payer pour les fautes commises. Insupportable. 

Sans l’absoudre de ses fautes, car elle était consciente qu’en se dopant, elle trichait, sans l’absoudre d’avoir menti éhonteusement devant ses supporters, devant le public, il m’apparait en effet scandaleux – s-c-a-n-d-a-l-e-u-x – qu’elle soit aujourd’hui celle qu’on pestifère, celle qu’on rejette. Car Mme Jeanson paye le prix fort de tout ce scandale: carrière terminée, exil aux États-Unis presque forcé, la vie au Québec étant difficile pour elle, réputation anéantie, sans parler des dommages psychologiques forcément présents.

Putain, et Aubut dans tout ca ? Et son père ? Ces deux là partagent tout l’odieux de la situation. Ils en sont même peut-être davantage responsables, une adolescente de 16 ans n’ayant assurément pas la maturité ni la force de caractère de s’imposer face à deux adultes de cette trempe.

Il est évident que M. Aubut ne doit pas en mener large en ce moment. Mais au delà de ca ? M. Aubut doit être traduit en justice selon moi. Ce type doit répondre de ses actes et en subir les conséquences autre qu’un simple inconfort. Ce type doit être interdit d’exercer un métier en relation de près ou de loin avec des enfants ou des adolescents. Ce type ne doit pas être laissé tranquille comme c’est actuellement le cas. En ce sens, la prochaine étape de Mme Jeanson serait de porter plainte contre son ex-entraineur de façon à saisir la justice. J’ajoute enfin que cet homme ne mérite aucune compassion, niant tout en bloc malgré les témoignages concordant qui s’accumulent. Ca me dégoute profondément.

Idem pour son père. Je suis indigné, moi même père d’une jeune fille, de constater le sort qu’il a réservé à sa propre fille. La relation malsaine entre un athlète et son entraneur est terrible. Qu’elle se déroule sous les yeux d’un père qui ne réagit pas est plus terrible encore à mes yeux. Il devrait y avoir des sanctions concrètes envers ce père dont l’absence d’intervention est terrible, la non assistance à enfant maltraité physiquement et mentalement étant condamnable. Et je félicite Mme Jeanson d’avoir coupé les ponts avec son père, cela est sain et la preuve qu’elle est désormais en contrôle de sa thérapie.

Idem pour le Dr. Duquette. Fort heureusement, ce dernier a été rattrapé par la justice et il devrait trinquer très prochainement.

On peut également souligner la conduite irréprochable selon moi de la FQSC dans ce dossier. La FQSC a toujours émis des doutes concernant l’entraineur André Aubut. Que pouvait-elle faire lorsque Mme Jeanson était mineure si ses parents étaient consentants ? Une fois adulte, que pouvait-elle faire si Mme Jeanson niait les allégations ? La FQSC a selon moi entrepris tout ce qu’il était possible de faire: dès la première alerte, soit l’exclusion pour taux d’hématocrite à Hamilton lors des Mondiaux de 2003, la FQSC a osé poser les questions qui fachaient. La FQSC aura été jusqu’à refuser de délivrer une licence de course à Mme Jeanson. Je dis bravo. La FQSC sort indemne de ce merdier, ce qui est très bien pour le sport cycliste au Québec et ce qui est d’autant plus remarquable que ce n’est pas le lot de certaines fédérations confrontées à de tels scandales…

Pour conclure sur la parution de ce livre, ce dernier aura probablement cela de bon pour Geneviève Jeanson qu’il permettra au public de mieux comprendre sa situation et le contexte autour d’elle du temps où elle était athlète. Parce qu’à la lumière de ces nouvelles révélations Mme Jeanson mérite manifestement la considération de circonstances atténuantes, ce livre est certainement un premier pas vers sa réhabilitation dans la société québécoise.

Morale de l’histoire ? Outre que toute cette histoire soit, encore une fois, d’une infinie tristesse à mes yeux, on doit retenir de tout cela que la lutte contre le dopage ne peut se faire sans une lutte contre TOUS les acteurs de ce fléau: les athlètes certes, l’histoire Schumacher et Kohl nous rappelant qu’ils ont une responsabilité, mais aussi et surtout les entraineurs, les médecins, les soigneurs, les pharmacies qui vendent les produits aux athlètes et enfin les industries pharmaceutiques qui cautionnent le tout. Jamais je n’avalerai que Patrick Lefevere, Bjarne Riis ou Johan Bruyneel ne savent pas ce qui se passe dans leur propre équipe… Il faut rapidement en venir à un système prévoyant non seulement des sanctions pour les athlètes, mais également pour l’entourage. Si nous sommes tous cohérents par exemple, Bjarne Riis doit quitter le cyclisme.

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