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4e Conférence mondiale sur le dopage dans le sport: avancées et défis

Le moment est important: s’ouvrait hier à Johannesburg, en Afrique du Sud, la 4e Conférence mondiale sur le dopage dans le sport, sous la gouverne de l’Agence Mondiale Antidopage. Très intéressant, les séances plénières de la conférence seront webdiffusées ici, permettant au public – nous! – de participer, à distance, à cette conférence.

C’est un moment important car susceptible de définir le cadre et les moyens de la lutte contre le dopage dans le sport au cours des prochaines années.

Déjà, on annonce certaines avancées très intéressantes:

1 – la mise en place, dans le code antidopage, d’une disposition permettant d’octroyer (et d’encadrer) des remises de peine lorsque les sportifs pris pour dopage voudront passer aux aveux, voire donner des informations permettant de comprendre comment ils se sont dopés (existence d’un réseau, initiative personnelle, nouveaux produits utilisés, façon de déjouer les contrôles, etc.)

2 – la sanction suite à un premier contrôle positif passerait de 2 à 4 ans, pour deux raisons. Premièrement, d’un point de vue scientifique, on serait aujourd’hui en mesure de prouver que certaines formes de dopage pourraient donner un avantage sur une période plus longue que deux ans (je suppose qu’il faut regarder du côté des hormones de croissance…). Deuxièmement, cela permettrait d’évincer l’athlète d’un cycle olympique.

3 – le délai légal durant lequel des tests rétroactifs pourraient être administrés à des échantillons sanguins ou urinaires passerait de 8 à 10 ans, permettant au monde de la recherche des délais supplémentaires pour mettre au point des méthodes de détection.

Tout cela va évidemment dans le bon sens, c’est à dire une peur accrue du gendarme pour les sportifs tentés par le dopage ainsi qu’une valorisation du sport propre.

Il existe cependant à mes yeux d’autres défis qui, je l’espère, seront également débattus lors de cette conférence:

4 – la recherche de moyens de détection de nouveaux produits, et son nécessaire financement. Il ne faut pas oublier que le dopage a souvent une longueur d’avance, ce qui le rend si attrayant. Comment gommer ou réduire cette longueur d’avance? Comment travailler de façon plus étroite avec les compagnies pharmaceutiques souvent à l’origine des nouveaux produits, conçus habituellement pour des raisons totalement étrangères à la volonté de booster les performances sportives? Et comment financer cette recherche nécessaire?

5 – la gouvernance: comment s’assurer de la nécessaire indépendance de la lutte contre le dopage au niveau international? En cyclisme, la confusion règne encore entre responsabilité de l’AMA et de l’UCI.

6 – comment valoriser davantage le sport propre? Pourrait-on envisager, comme certains lecteurs de ce site l’ont déjà suggéré, d’étendre les sanctions individuelles aux équipes, pour les sports se pratiquant par équipe? Par exemple, de priver systématiquement une équipe entière d’une partie des compétitions au calendrier annuel en cas de contrôle positif d’un des membres de cette équipe? Ce genre de mesure est déjà mis en place par certaines organisations, notamment le Mouvement pour un cyclisme crédible (autosuspension de l’équipe si elle est confrontée à plusieurs cas de positivité ou inaptitudes).  Dans les sports individuels, ne pourrait-on pas suspendre l’équipe nationale à laquelle appartient l’athlète? Le but ici est simple: favoriser l’autorégulation par les pairs, un principe bien connu dans l’armée ou souvent, les fautes d’un soldat sont payées par le groupe tout entier auquel il appartient.

7 – l’harmonisation des lois nationales en matière de traffic, de possession et d’usage de produits dopants. Si l’AMA ne peut avoir d’autorité sur les pays, il serait peut-être possible d’adopter certains principes directeurs forts et susceptibles d’orienter les gouvernements nationaux dans l’adoption/amendement des lois à l’égard des produits dopants. Par le passé, les différences existants à ce chapitre d’un pays à l’autre ont conduit à des situations déplorables, notamment quant à l’Affaire Puerto. Et la ville de Gérone, en Espagne, demeure un lieu ou la concentration de cyclistes professionnels est anormalement élevée!

Mais le plus grand défi de cette conférence sera peut-être d’obtenir l’engagement de tous vers un but commun, la lutte contre le dopage étant un peu au sport ce que la lutte contre les changements climatiques étant à l’humanité: des enjeux critiques pour la survie (du sport ou de l’Homme), mais nécessitant également des actions harmonisées à l’échelle supranationale, ce qui n’est jamais évident à obtenir…

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  1. josef Koba

    la lutte antidopage serait donc au sport ce que la lutte contre le changement climatique est pour l’humanité. On savait qu’il y avait des chaudières dans le peloton, et on comprend dès lors mieux pourquoi les coureurs ont pu traverser les cimes enneigées et glacées du Giro! Et moi qui croyait que le vélo était la solution pour réduire les émissions de GES!
    Le dopage n’est pas, à mon sens, un problème pour le sport. Il l’est par contre pour un ensemble d’activités économiques qui composent et permettent ce « spectacle » que l’on qualifie, sans doute exagérément, de sport professionnel. Dans la mesure où une partie de l’intérêt de ce spectacle réside dans l’incertitude, une autre dans une concurrence loyale -ou pensée comme telle -dans le cadre d’une confrontation entre humains, le dopage devient problème fondamental à partir du moment où l’un ou l’autre de ces principes sont mis en question. Or, le spectacle cyclisme professionnel ne fonctionne plus et pendant le tour de France ou lors des Vuelta à venir paraît il, ce qui est mis en valeur ce sont les éléments naturels de catégories pensées immuables ou non corruptibles : les montagnes, les églises, les abbayes, les châteaux, … tout ce qui aurait une valeur en soi et qui aurait un caractère rassurant. les géants ne sont plus sur la route, ils sont sur le bas côté. On peut remplacer un coureur par un autre, changer de maillot jaune sur abandon ou exclusion, cela ne change rien. Lorsque le sage désigne la montagne, l’idiot ne regarde plus le doigt mais le pauvre intermittent cocaïné du spectacle qu’on appelle coureur.

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  2. MissBecaneenfurie

    Il vaut mieux éviter de comparer le dopage aux changements climatiques. Le dopage peut probablement être vaincu de gré ou de force puisque l’intérêt individuel et collectif s’arrime. Avec le discrédit, désistement des commenditaires, salaire moindre, moins d’équipe, etc.
    Les changements climatiques: combat perdu d’avance.
    Leur ampleur variera selon nos excès, qui continuent sans borne.
    Il faudra s’y adapter dans tous les cas!
    Constatons que l’esprit sportif (sport de haut niveau propre) est une plus belle valeur viable pour les hommes de bonne volonté que la survie de la planète dont les puissances économiques se moquent cruellement.

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  3. Patrick champagne

    Après une sortie climatique très froide en après-midi , mon cœur et mes esprits se réchauffent en lisant le texte de M. Laurent. Je suis convaincu que le sport du vélo est en grand changement. Un coureur propre aura un impact très positif pour le vélo , ses commanditaires et ses confrères. Un coureur gagnant d’un tour aura toujours un impact et encore plus si il est considéré comme propre et surtout confirmé par nos institutions antidopages. Des conférences sont primordiales . Elles sont des guides et des phares pour nettoyer le sport du vélo. J’ai espoir….!

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  4. Nelson

    Suspendre l’équipe si un coureur est pris dans l’équipe, ramène cela au Rouleurs si un des membres de ton équipe se fait piquer à un test, toute l’équipe se verrait punie, imagine de voir ta saison partir en fumée parce qu’un membre de ton équipe n’a pas acheté la bonne sorte d’antihistaminique sur les tablettes de la pharmacie ou bien qu’il voulait faire le grand coup cette année là, la possibilité de punir des coureurs propres devient très présente

    en plus un néo-pro ne pourra jamais aller dire au leader de l’équipe qu’il n’a pas le droit de se doper, il va se faire sacrer dehors de l’équipe.

    L’auto-régulation de groupe c’est bien beau sur papier mais dans la vraie vie ça ne fonctionne pas parce qu’il y a en contrepartie aussi le principe de la loi du silence et de ne pas faire trop de vague dans un groupe ….. selon moi la suspension (plus sévère par contre) devrait se limiter aux coureurs pris en flagrant délits

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  5. Regis78

    Entièrement en accord avec NELSON, de plus cette façon de procéder va « creuser » des écarts encore plus flagrant entre ceux qui ont les moyens financiers de faire des cures et les autres !!!!
    Ne rêvez pas, cette conférence est juste là pour faire genre: on agit !!!
    Il n’en sortira rien et les moyennes ne baisseront pas.
    ça me rappelle la politique en France, beaucoup de vents et ZERO résultat !!!!

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  6. schwartz patrick

    entre les bonnes résolutions de l’UCI, de l’air et beaucoup de bavardage et la réalité du terrain avec ces coureurs qui se font attraper la main dans le sac
    ou « la seringue dans la veine », c’est selon, il y a bien au moins une année pleine avant d’avoir un nouvel
    avis sur la question !moi, je veux du concret et avant
    de savoir si tout celà est efficace, je veux savoir si toutes leurs bonnes idées de départ ont bien été mis en place d’une part, et fonctionnent dans la réalité d’autre part…
    Nous en avons parlé en long,large, et de travers depuis des lustres, toutes les idées sont passées sur nos claviers, maintenant restons lucides et attendons les résultats…

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